L’échelle des anges – 3 – (page 13)

vitrine

Briser toutes les vitrines


verre poli-

Parce qu’elles sont transparence
et prétendent  nous dévoiler l’intérieur d’un monde

Parce qu’elles nous renvoient un peu de notre vie
de cette lumière qui aurait dû s’éloigner
et  nous permettre de vivre, de respirer, d’attendre, d’écouter
l’autre qui aurait pris sa place.

verre poli

Rompre les vitres

Parce que leur surface est une idée
claire et lisse,
propre à tromper l’enfant
tous les enfants.


Fracasser les vitrines, les carreaux, les miroirs
et rejeter leurs corps brisés à la mer.

verre à la mer-

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L’imbécile ?

bâtonDans un creux de sa révolte
il avait caché
un gros bâton noueux en bois de buis
sève figée dans l’attente de l’aube noire

Depuis
ses nuits étaient plus douces
son réveil moins brutal

Il ne posait plus son regard sur sa compagne
à son insu
de ces regards chargés d’une crainte blanche
Il parvenait à nouveau à accepter
le flou de l’horizon
l’hésitation des papillons
la présence invisible du vent
et même
les lueurs lointaines du bourg
qui déforment la nuit.

L’échelle des anges – 1 – (page 9)

Même si elle te semblera parfois l’embraser tout entier, La douleur physique ne te prendra qu’une partie du corps.
Comme un maître qui corrige, puni ou rabaisse l’élève.

Une autre douleur, plus intime, contre laquelle la crispation des poings, des dents, la projection du regard loin vers l’horizon ne peut rien, est semblable au maître explicateur qui force les défenses de l’être profond et retourne les chairs de l’intérieur.


le mat-

Petit Claude avait appris à ne rien montrer de sa pensée.

Chaque fois que le parfum si caractéristique des mots en trame fine, des mots en filet d’acier, des mots domestiqués parvenait à ses narines, il éteignait les lumières et son œil prenait alors l’aspect d’une grange en ruine qui n’aurait pas même vu un vagabond, un chien ou un chat égaré depuis des lustres.

Alors, sans hâter le pas ni le ralentir, plus gris que la tristesse sans  la perte, il traversait ces lieux d’où à chaque instant pouvaient jaillir le terrible « même », tranchant comme la justice et contagieux comme la peste.

Ce n’est que loin, très loin en temps et en pas, de la menace, que, sans se retourner, il osait assouplir ses membres, les laisser à nouveau danser dans l’espace, et laisser à nouveau la lueur se glisser entre ces cils.

L’échelle des anges – 0 –

Il n’y a pas de hiérarchie plus impitoyable
qu’au dernier barreau de l’échelle.

L’œil naïf croit y voir

dernier étage       la plateforme qui surplombe le monde
d’une horizontalité parfaite matérialisant
l’égalité absolue de tous ceux qui l’on atteinte
et qui l’habitent exclusivement
même lorsqu’ils paraissent se hasarder aux échelons inférieurs
alors même que les castes y sont
plus que partout ailleurs
d’une précision et d’un poids absolus

Leur contour a simplement disparu du visible
et
chez chacun de ceux qui résident en cette extrémité de tout
le calcaire a envahit le sang et les chairs
l’être y est transformé en pierre.

Le premier qui dit …

Michel H

Qui osera faire remarquer qu’une partie de ce que présente Michel H dans son livre
où il dit s’être lui même soumis à son personnage,
à sa plume
au livre qui s’écrivait sous lui
qu’une partie donc de ce qu’il raconte ou conte
se réalise sous nos yeux.

Michel H

Il était triste ce Michel H. lorsqu’il présentait ses feuilles
à un journaliste qui disait s’inquiéter pour notre monde
(alors qu’il ne s’inquiétait que du sien)
Il était triste d’une tristesse grise comme le sel mélangé à la neige
ce sel qui n’ira jamais relever un plat, mais salira les noces de l’hiver et de la terre.
Il était triste
notamment parce que « c’est dur de vivre sans dieu »
et parce que lui, comme son héro sans héroïsme
« n’avait pas d’Israël » pour s’y réfugier

Michel H

Mais
silence radio
il ne faudrait pas que ce livre se vende
il pourrait faire plus de mal … qu’une caricature.

Michel H

 _________

Note : Je n’ai pas lu le roman, pas plus que le libraire chez lequel je l’ai acheté pour quelqu’un
ce quelqu’un qui m’a dit de ce livre – lu en quelques heures – qu’il était intéressant.

De quoi ajouter encore à la tristesse de Michel H.

halte

Il aurait fallu
se soustraire quelques instants
le temps d’une petite éternité
juste pour sentir
en regardant glisser les nuages
d’où vient le vent

alors on aurait su
l’avenir des prairies, des déserts
des arbres et des bêtes
les lieux en promesse de vie
les roches en enfance
les sources en chrysalide
et peut-être même
le point d’où le prochain soleil
fera l’aube nouvelle

Alors on se serait remis en chemin

Un dimanche pluvieux

– Que fais tu aujourd’hui ?

– Je vais au musée avec le gamin. Et toi ?

– Moi aussi je vais faire un tour au cimetière.

– quoi ?

– Voir le pépé Alphonse.
J’y vais chaque fois que ma femme m’a pris le choux à propos d’un truc dont, après dix minutes de déluge, je ne me souviens plus.

– Ok, mais qu’est-ce que tu veux dire avec ton « moi aussi ? »

– Ben ! C’est pas la même chose ? Un musée … un cimetière …

– C’est vrai, y a des points communs … mais tout de même !

(boite en calcium sollicitée à plein régime … ampoule qui s’allume)

Tiens ! Essaye voir d’accrocher ton pépé Alphonse au milieu du salon.

– …

– Ça m’étonnerait qu’il reprenne de la vaillance.
Par contre je suis sur que la Mona Lisa, son sourire, il retrouverait un petit peu de vie.

– T’as pas tort … T’as pas tout-fait raison, mais t’as pas tort.
(quelques secondes vides, genre intervalle de temps insoutenable à la radio)

J’aimerais bien avoir l’Olympia sur un mur de la cuisine !


– Alors ça te plait mon Lulu ?

pyramides

– Je connais !
On a vu les pyramides avec le prof d’histoire.
C’était des gens très riches et très puissants qui étaient mis à l’intérieur, avec tous ce qu’ils avaient.

– (…)

– Dis papa, c’est qui qui est enterré ici ?