La mémoire des vivants

litAssis sur le bord du lit d’Annibal, Lélio lui faisait part des dernières nouvelles du monde.

Le vieillard qui n’était plus qu’un léger bruit intermittent des lèvres sur un lit, s’intéressait peu à l’agitation des flux sur la planète mais il se passionnait pour la moindre invention dans le domaine des nouvelles technologies.

Lui qui, avant d’être condamné à l’horizontalité absolue, n’avait guère connu que la radio, la télévision ou le téléphone fixe, se nourrissait de tout ce que son petit-neveu lui rapportait concernant le monde du virtuel. Ces images et ces sons qui n’avaient plus besoin de la matière et se déplaçaient sans tuyaux, il voulait que Lélio lui en rapporte le moindre développement.

Annibal s’intéressait particulièrement à la réalité augmentée en audition, en vision, en touché, en odorat. A chaque fois que son petit neveu lui évoquait un progrès dans ce domaine, son regard semblait retrouver un peu de lumière, et il faisait même parfois l’effort de quelques mots pour obtenir des précisions.

Ce jour-là Lélio avait gardé le meilleur pour la fin.

– Il faut aussi que je te dise que bientôt, les ordinateurs pourront avoir une mémoire beaucoup moins importante et en même temps beaucoup plus importante.

Apparemment, ses mots avaient manqué leur effet !
Lélio poursuivit.

– Ils ne stockeront plus les données elles-mêmes, mais un code qui donnera accès instantanément à ces données.

– …

– Et ce qui est révolutionnaire ici, c’est que ce code d’accès, ne sera plus fait de caractères fixes, chiffres ou nombres, mais de dessins qui auront un rapport intime avec le contenu qu’il faudra stocker. Dessins, en volume et ayant des modifications cycliques dans l’espace, qui seront calculés par des algorithmes d’intelligence artificielle capables d’établir ce rapport analogique et non plus numérique avec toutes les informations concernées.

– Idéographie dynamique. Pierre Lévy !

Le vieillard avait lâché ces paroles d’une voix atone, mais les mots avaient fait sursauter Lélio.
Le rapport entre cette invention et le livre qu’il avait lu à Annibal une vingtaine d’années auparavant, lui avait échappé, mais était tout à fait pertinent. L’information mémorisée sous la forme d’une image animée.

– Oui ! Mais il n’y aurait dans cette image que la trace de l’information. Trace qui permettrait ensuite une requête en direction du grand lieu de stockage où toute l’information à destination de tous les ordinateurs se trouverait.

– Comme êtres vivants !

– Que veux-tu dire par là mon oncle ?

– Ton cerveau … et grand cerveau collectif. Nous les animés … comment mémoire prodigieuse ?

– …
– Dans rêves … sommes virtuels … tous mélangés

– …

– Au réveil … détaché … efface … oubli !

– …

– Un seul homme !

Anim-3---Aunryz---geombre

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2 réflexions sur “La mémoire des vivants

  1. peut-être viendra un temps où nous recevrons nos implants de mémoire, à certaines étapes de notre développement , nous assurant une sorte d’égalité de savoirs/ grand cerveau collectifs ( qu’il s’agira peut-être alors de connecter entre eux au prix de branchements d’auras ou de mélanges de fluides…)

    😉 en attendant le mien se ramollit dans le formol du temps actuel

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