Un café

Elle marche lentement sur le trottoir, tirée en arrière par son sac à dos, trop lourd pour les déambulations citadines.

Elle débouche sur la place, la petite place qui sépare Tours l’ancienne, de la nouvelle, et s’assied sur un banc en quart-cercle qui épouse le tronc d’un immense marronnier.
Boire un café ! Depuis plus de deux heures cette pensée est le fil rouge, le fond musical de sa marche.

Profitant du soleil entre deux averses, les Tourangeaux boivent négligemment, insolemment, café,  jus de fruit, bière.
Le parfum du café l’enveloppe.

Cherchant en ses souvenirs d’enfant, une pub télévisée évocatrice, elle ferme les yeux. Mais son corps refuse le virtuel.
Elle crève de faim et de soif. L’eau des fontaines est partout signalée « non potable ».
La délicieuse âpreté du café masque tous les parfums et s’alourdit de l’air qui se couvre de nuées sombres.
Il va encore pleuvoir ! Pas d’église où s’abriter ! Dans ses yeux, le banc qui entoure l’arbre se couvre d’étoiles brunes.

Elle se lève. Sous les auvents, les clients, satisfaits, regardent sans la voir, cette fille qui se laisse tremper.
Un café ! Un café ! .
La place est sombre, teintée des nuances bleues de l’orage.

Un café !
La voilà qui s’avance vers le bar le plus peuplé, presqu’à l’angle de la place. Avec autant de désinvolture que son corps le lui permet, elle s’assied et attend le garçon. L’odeur du café froid, servi depuis des heures, imprègne les lieux. Lorsque le serveur arrive, elle demande, en murmurant, avec difficulté: « un verre d’eau, s’il vous plaît ». Le garçon parcourt les tables, essuyant ici ou là les traces laissées par les clients. Elle attend avec anxiété. Et le voilà qui revient, avec  un plateau chargé. Devant elle, il dispose un café, un verre d’eau et une coupelle avec la note.
Stupéfaite, elle n’ose rien dire, boit son café, les yeux clos sur cette goutte de bonheur, laissant s’apprivoiser le temps entre chaque gorgée. Elle repose la tasse vide, fait jouer l’eau dans le verre en le tournant entre ses doigts, pendant que la pluie tambourine au-dessus de sa tête puis se saisit de la note qu’elle parcourt plusieurs fois sans rien en retenir du regard.
Moment de paix.

Elle se décide.
Lentement, elle ajuste bretelles et capuche, se lève, et se dirige vers le coin de la place tout proche. Dès qu’elle a tourné la rue, elle prend ses jambes à son cou et disparaît du côté de la ville neuve, là où ceux là ne risquent pas de la retrouver.

Sur les lèvres elle a encore le goût d’Un café !

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