Désordre – 1 –

Juste au-dessus du toit de tuiles – rouge feu de terre et jaune cendre soleil – un fin brouillard blanc bouge à peine dans la respiration lente et hésitante d’une brise, au petit matin.

Autour de la cabane de jardin rien ne parait surpris. Ni les nouvelles roses en boutons dont on perçoit à peine le jaune pâle de la robe, ni les pucerons à l’assaut de leur jeunesse tendre et sucrée.

La musique des lieux n’a en rien changé de tonalité ou d’amplitude. Sa rumeur, ponctuée de cris d’oiseaux aux aigus imprévisibles, est identique à celle qui, la veille, caressait ce désordre d’arbres, de fleurs et de vignes grimpantes.

Entrouverte, la porte laisse voir un râteau en bois, une faux et d’autres outils de jardin recouverts en partie d’ombre.

Dans un coin de la petite construction en pierres, toutes plus irrégulières les unes que les autre, un œil félin pourrait deviner, sous la masse des cendres, les dernières braises d’un feu dans un brasero.

Sur le fauteuil en osier qui occupe le seuil, vêtu d’une épaisse chemise à carreaux, d’un pantalon de grosse toile, chaussé d’antiques bottes en caoutchouc, en contemplation face au chaos de verdure devant lui, les restes sincères d’un jardinier.

Juste au-dessus du toit de tuiles rouges et jaunes, un fin brouillard blanc

se donne aux rayons du soleil.

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