Perdre … retrouver la face

reflet-0

L’un demande
se demande
si la voix qu’il entend est bien sa voix.
L’autre
si ce que lui renvoie
– sans violence
mais avec l’insolence naïve de l’enfant –
cette surface qui n’existe pas
est bien son visage
ou la forme approximative de son visage
quand le vent ne trouble pas l’onde.

Autour d’eux
la lumière
l’espace de la lumière
du chant des mondes
et des parfums
se moque.
Se moque comme un père
qui voit les premiers pas de son enfant
hésitants, maladroit.

Autour d’eux
un monde de silence
caresse leur présence
et sans hâte
avec une infinie tendresse
attend leur trépas.

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ET -1-

ET - 1 (la nuit)-

Et la nuit mêle
sa chair à la nôtre,
sa fatigue
sombre et légère
à celle qui sourd en nos muscles
et bourdonne à nos oreilles,
les songes qui la traversent
à nos désirs de rêves.

Tout l’amour d’un grand corps vide
elle en emplit
le creux de nos cœurs, de nos mains
et s’y endort avec nous
jusqu’à demain.

ET - 1 (la nuit)-r

Il n’y a qu’un seul dieu … seul.

Il y a bien sûr un dieu - sans que la folie ne t’atteigne-Il y a bien sûr un dieu.

Il n’y a « dans la réalité » qu’un dieu.

Ne poursuis pas cette lecture si tu crains parfois que le sol se dérobe sous tes pas, ou que la nuit refuse de te rendre au jour. Si tu ne marches que dans la lueur crue des réverbères que tu préfères cette lumière qui dissimule la plus grande partie des lieux que tu traverses mais définit des contours où tu vois la couleur de tes pas, alors éteins ou brûle cette page.

Il n’y a qu’un dieu dans notre, dans ta réalité, parce que la matière, l’espace, le temps sont bien plus simples que tu ne le crois.

Cette chaise où tu es assis, l’écran, le papier que tu regardes, et même la moindre cellule de ton corps n’existent que grâce à l’activité incessante de ce dieu, de cette unique créature.

Ne t’es-tu jamais demandé, si quelqu’un t’a un jour donné cette information, pourquoi le physicien traqueur de particules élémentaires, cette femme ou cet homme qui produit sans cesse des accidents dans l’espoir de voir surgir un nouveau cadavre, pourquoi le physicien avait fini par admettre comme un principe qu’il lui était impossible de connaître à la fois la position d’une particule et ce qu’il nomme sa « quantité de mouvement » ?

La réponse est simple, il est impossible de faire réellement se rencontrer deux particules pour la bonne raison que dans l’univers entier il n’en existe qu’une seule.

Si ton esprit refuse cette idée de prime abord, c’est un réflexe salutaire que tu dois accepter, laisse ici mes élucubrations et retourne au monde de tes perceptions premières.

Tu as laissé la porte ouverte ? Alors j’entre plus avant, et poursuis mon propos.

Une seule particule ! Et l’univers entier est le résultat de l’activité extraordinaire de cette unique entité qui existe à un instant ici, puis l’instant suivant ailleurs et qui, tout comme la fronde tournant à grande vitesse autour d’un point, donne l’impression d’occuper une couronne entière.

Je te laisse quelques instants, seul avec ce qui ne doit t’être, à cet instant, qu’une idée, une abstraction pure. Et qui deviendra, si tu lui laisses la possibilité d’entrer davantage en toi, une sensation, peut-être même un éblouissement tel que ceux dont tu as entendu parler à propos d’êtres au destin remarquable.

Sache simplement – seule conséquence que je te livre aujourd’hui – que le temps dans lequel tu vis n’a rien à voir avec le temps réel de l’univers, puisque, comme tout ce qui vibre dans le cosmos, tu ne reprends conscience, de façon discontinue, qu’en des instants d’une brièveté infinie entre lesquels s’écoulent des éternités dont tu ne peux te « rendre compte » puisque tu n’y existes pas. … Pas plus que la totalité de tes instruments de mesure.

A bientôt, peut-être, pour évoquer ensemble ce qui, maintenant que tu connais ta nature divine et ta solitude, ce qui pourrait te permettre de continuer à y vivre sans que la folie ne t’atteigne.

Le mot c’est l’homme

Le mot c’est l’homme

Chaque fois qu’il arrive, qu’il parvient, qu’il se pose
il perd son parfum, son regard, sa sève
la vie qui l’habite s’enfuit de lui
et laisse un leurre
un spectre
une fausse présence qui claque du bec
donne de la voix
sans voix

Le mot c’est l’homme

Lorsqu’il replie ses ailes
s’achète un lieu pour se poser, se reposer
met pierres les unes sur les autres
en mur, en muret
avec un toit dessus pour écarter l’ami
pour écarter la pluie
et rester bien au sec

Le mot c’est l’homme
Lorsqu’il replie ses ailes le poème est fini.

A présent … il pouvait dormir tranquille

Il était enfermé. Quelqu’un l’avait enfermé.

Il lui avait fallu faire l’inventaire des possibles pour finir par comprendre qu’il se trouvait dans le pétrin, élément de décoration préféré de sa femme, et de la salle à manger.

Enfermé. Et malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à faire bouger le plateau d’un millimètre.

Étendu, comme dans un cercueil, il se demandait comment il en était arrivé là. Aucun de ses souvenirs ne le conduisait à l’intérieur de ce caisson en bois où il pouvait à peine remuer les bras et les jambes.

Aucun Bruit. Ni au-dedans, ni au-dehors.
Si ! On grattait ! Quelqu’un, quelque chose grattait et cela produisait un petit bruit. Régulier, mais si faible qu’il lui avait fallu faire silence en ses pensées pour l’entendre vraiment, pour ne plus en douter.

Mais à présent, ce grattement ou plutôt ce grignotement emplissait toute sa tête et avait fini par commander au rythme des battements de son cœur.

Ce grignotement … Il lui rappelait quelque chose. Cela, il en était certain, mais sans pour cela parvenir à saisir cette chose.

Les minutes, les heures peut-être s’écoulèrent. Et soudain une image se fit dans sa nuit : celle d’un petit insecte, une abeille sombre et velue, s’envolant d’une des poutres de la toiture couvrant la terrasse.

Tout près de lui, une abeille charpentière grignotait le plateau en tilleul, vieux de plusieurs siècles qui condamnait sa tombe.

Il refusa de s’en étonner. Il avait une compagnie, une amie, une alliée. Elle œuvrait pour lui et, bientôt, il serait libre.

A présent, il pouvait dormir tranquille. C’était certain, il allait sortir de ce pétrin.

je lis « Asile » – avec les mots de Maryse Hache et la mémoire de l’oeil de Tina Kazakhishvili

Je lis
[par minuscules gorgées de texte
et regards espacés sur les photographies
parce que tout y est si dense que
ces petites goulées suffisent à me submerger pour quelque temps]
je lis « Asile ».

Avec les mots de Maryse Hache et la mémoire de l’oeil de Tina Kazakhishvili
(http://www.publie.net/livre/asile/)

La phrase de Maryse Hache, (sans lame à trancher le flots des mots*) mêle et fond les extérieurs et intérieurs des âmes et des choses, tant des personnages qui habitent cet asile, que de ceux (les auteurs) qui traversent pour un temps leurs espaces de vie
et cette phrase (me) touche souvent presque par surprise. Comme ici par exemple
« ce drap ça contient mon corps qu’il aille pas s’éparpiller »
(…a réveillé le drap de ma peau et lui a fait frisson)

Les photographies de Tina Kazakhishvili, m’ont évoqué les clichés pris d’un autre univers, dense en noirs et blancs, en personnages recroquevillés, en lieu qui serrent l’âme.
Les photos de Renée Taesch dans « Portrait de groupe avant démolition ». (voir quelques images ici http://www.solest.com/galerie/taesch.html les textes sont de Denis Robert)
Même proximité, même pudeur, simplicité du regard, même confiance de celui dont on immobilise la présence.

Je lis « Asile » et je suis enchanté d’un sort qui touche autant mon corps
[qui inconsciemment se recroqueville à la vue d’une image, ou à la lecture des mots]
que mon esprit
[ivre, touché par le vertige – parce que cet abîme est proche … bien plus proche qu’il n’y parait.]

Lisez « Asile » vous en reviendrez plus humain

eux aussi.

_____
* Maryse Hache écrit sans ponctuation

Evolution du jeu télévisé en France

En 1970 sur la télévision française, on jouait à « pourquoi » jeu grand public
(seconde partie de la soirée du samedi, sur la seconde chaine de l’ORTF)

Présentation du jeu
https://player.ina.fr/player/embed/I08338312/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/460/259/1

En mots
https://books.google.fr/books?id=fPUaZDwR9zQC&lpg=PA78&ots=B5RVjMGJnN&dq=Pourquoi%20%3F%20-%201970%20-%20Jacques%20Antoine&hl=fr&pg=PA79&output=embed

Une partie (la question de départ figure dans l’explication ci-dessus.
Le Joueur est Roland Giraud qui n’était alors qu’un acteur débutant inconnu
(ce qui a permis cette participation au jeu)

 

https://player.ina.fr/player/embed/I08338313/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/460/259/1

Le quatrième jury dans la cage de verre est Raymond Abelio (il évoquera cette participation dans son « journal ») qui va ici faire preuve de toute sa finesse (excessive ?) d’ingénieur, polytechnicien, cabaliste … de gauche(?).



Je laisse à chacun la tâche de chercher un jeu télévisé, sur une chaîne parmi la centaine disponible, qui demanderait le même type de qualité que celles réclamées ici.

 

 

En passant par les mots envolés – 2

Contrainte : 10 mots pris au hasard dans un podcast (émission saisie à des fin de baladodiffusion).
Pas de contrainte sur la forme si ce n’est que le texte doit être assez court et contenir les 10 mots.


Ici 10 mots de l’émission « Nouvelles vagues » de Marie Richeux
La rentrée (1/5) : Dans la tête des profs !
31.08.2015 – 16:00


MOTS : heure, concert, entrée, situation, idée, énergie, enjeu, fait, contact, problème


C’est l’heure, il faut y aller, se mettre en branle, s’éclaircir la voix.
Le concert va commencer, il attend son soliste.
Ne pas manquer son entrée.
Maîtriser, non, vivre la situation
et toutes ces idées, pensées qui flottent dans l’air
ces énergies qui ne demandent qu’à trouver leur espace
à se mettre en jeu, à se donner un enjeu
à produire du fait
du contact
à bousculer un problème pour apercevoir un paysage.