Elles* dansent

Elles dansent
leur ronde joyeuse et bruyante
n’effraient pas les oiseaux
ni la terre
son haleine danse avec eux
liées les unes aux autres
par ce qui leur vient du ventre
et du sexe
elles dansent
enfants de leur enfants
mères de leurs mères
enfin sans père
leurs mains agrippent le ciel
leurs voix l’emplissent
leurs seins l’abreuvent
et elles dansent
ce monde est à présent le leur
quant à l’autre
le prêtre le savant le guerrier
il a gagné son paradis
l’éternité derrière lui
il vit d’un jour sans nuit
tandis que
sur le fil tenu du présent
elles dansent.

Elles dansent--

___

*[cela pourrait aussi bien être « ils »,
car ici le féminin ne recouvre pas seulement la femme

 il en est de même pour le masculin.]

L’enfant qui écrivait n’importe quoi

Maman m’a dit que ça ne servait à rien de t’écrire, que là où tu es, tu ne peux pas vraiment me répondre. Mais cela ne fait rien, j’ai tout de même des trucs à te dire et je suis persuadé, tu m’as persuadé, que d’une manière ou d’une autre ça parviendra jusqu’à toi.
D’abord, je dois t’avouer que des livres, j’en avais pas lu beaucoup avant le tien. Quelques illustrés et seulement un fantômette de ma soeur. Juste histoire de la faire enrager un peu, parce que ce coup là maman a dit « laisse ce livre à ton frère, pour une fois qu’il a le nez dans un bouquin ! »
Alors, quand papa m’a collé celui-là* dans les mains, après m’avoir confisqué ma bidullebox, les manettes, mon smartphone et la télécommande de la télé, j’étais pas vraiment enchanté.
Pourtant, dès les premières lignes, ce qu’il y avait à l’intérieur ma capté. Peut-être à cause de l’enfant, de la vie qu’il mène avec son grand père, loin de l’école, libre comme un sanglier.
En fait, je ne saurais pas trop dire. Y a presque pas d’histoire, juste cet enfant menteur, qui pourrait être moi, la forêt, une maison à la géométrie incompréhensible et des gens qui passent comme des nuages dans le ciel, avec de temps en temps, une averse, un éclair suivi d’un coup de tonnerre et des espèces de lumières qui déchirent tout, sans prévenir, comme on a par chez nous.
Pour sur, à cause de tout cela, je suis obligé de te dire un peu merci.
Tout de même, je t’en veux vraiment beaucoup. Parce que, vois-tu, quand j’ai eu fini le livre, je me suis senti si seul !
J’avais même plus envie de tirer les cheveux de Babette, ou de casser des trucs sans le faire exprès. Plus rien ne m’intéressait.
Il parait que tu en as écrit d’autres, des livres. Un jour prochain j’y mettrai certainement le nez, mais en attendant je retourne dans ta forêt retrouver Alexis.
Juste avant … j’crois que c’est dans des cas comme ça qu’on dit … merci.

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*« L’enfant qui disait n’importe quoi » André Dhôtel

Verse

Le dedans occupé tout occupé encore
des lambeaux gluants de la journée
le corps posé, accroché

le corps garde le cap
joue des leviers
connait les courbes

surement quelqu’un attend
envie d’être avec elle
jeter la peau sale de la journée

musique qui cache
le vide du trajet
l’entend sans l’écouter

long pour la fatigue
l’ennui du rien
d’un plein de rien

tout presse
le pied presse

et la biche traverse

 

biche

Lenturies – XIII –

(Lélio Lacaille, aspiré par sa liseuse ouverte sur un texte évoquant d’anciennes cartes postale, se retrouva perché au sommet d’une montagne dont il ignorait tout. L’état de rêve éveillé dans lequel il se trouvait alors, lié au lieu et au souvenir d’illustres et sincères ivrognes, propice aux deux silences*, lui fit écrire quelques quatrains, réunis par la suite sous le nom de Lenturies.
Celui-ci est le treizième. **)


XII

Le carnage accompli rien ne sera distinct
pierre, écharpes rougies, neige, marnes, soldats
et bien moins dans la main que la croûte du pain
tandis que dans les bois le loup se moquera

 

13

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* « …… » & « ……. »
** Tout autre récit, y compris de ma main, qui prétendrait cela serait un faux à détruire sur le champ.

Lenturies – XII –

(Lélio Lacaille, égaré entre deux pages des demeures philosophales, profita de la présence des pierres et des portes qu’elles offres vers les deux silences* pour laisser couler les mots de quelques quatrains, réunis par la suite sous le nom de Lenturies.
Celui-ci est le douzième. **)


XII

Quand les esprits en sommeil   croiront voir le jour
en place de leur sommeil   au lieu de l’amour
se sera glissée  la tête du vieux serpent
les yeux jaunes   gluants de folie   de son serment

12-vrai-

___
* « ….. » & « ….. »
** Tout autre récit, y compris de ma main, qui prétendrait cela serait un faux à détruire sur le champ.

Lenturies – XI –

(Lélio Lacaille, son coeur parti à la poursuite d’une aimée en fuite – non sans raison – voulant se préserver d’un tête à tête avec sa déraison, se réfugia dans un figuier. L’arbre se situait en la dernière chartreuse édifiée par San Bruno*. En la branche où il se trouvait, l’éloignement modéré du sol et le feuillage dense si particulier au figuier aida Lélio à s’entouré des deux silences** Ces conditions propices lui inspirèrent des quatrains réunis par la suite sous le nom de Lenturies.
Celui-ci est le onzième. ***)


 VII

Un accro au tissu fragile du présent
laissa pénétrer ceux qui depuis si longtemps
attendaient dans la nuit l’instant de se lancer
et de couvrir l’Ici de sang et de baisers

 

11-vrai

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 Allemand, Français, Italien … en ce temps où tout non serf de la péninsule ouest-asiatique était européen
** « ….. » & « ….. »
*** Tout autre récit qui prétendrait cela serait un faux à détruire sur le champ.

 

Lenturies – X –

(Lélio Lacaille, le crane ouvert par une pensée trop ventrue et trop dense pour s’en échapper autrement – à moins que ce ne soit le contraire – eut l’esprit  soudain figé dans les deux silences* dont parle Maurice de Thaelm dans son traité du même nom  .)


X

une seconde nuit recouvrira la terre
alors que dos brûlant et le ventre glacé
s’agiteront en vain pour une Ève guerrière
au milieu des clameurs les Adam condamnés

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* « ….. » & « ….. »

Lenturies – IX –

(Lélio Lacaille, après la perte de son chien dans des circonstances troubles, la nuit dans ses oliviers de Calabre, s’enferma quelques jours en ses murs
Le temps transpirant d’une tristesse granuleuse propice à l’écoute des deux silences*, lui inspira des quatrains réunis par la suite sous le nom de Lenturies.
Celui-ci est le neuvième.)


 VII

Hautes grappes d’insectes accaparant le jour
lâcheront avant l’heure la formule du soir
le coq sera muet et l’âne sera sourd
aux murailles tombées au nouvel abattoir

___
* « …. » & « ….. »

Lenturies – VIII –

(Lélio Lacaille, suite à une chute dans une garde contre le chien alors qu’il possédait en main une quinzaine d’atouts et trois rois, ébranlé dans sa confiance en sa chance,  fit une retraite de quelques heures en haut du clocher de l’église de Tronville – entre deux tintements de l’Angélus –
Le temps densifié par la menace au dessus de sa tête qui fut alors le sien, propice à l’écoute des deux silences*, lui inspira des quatrains réunis par la suite sous le nom de Lenturies.
Celui-ci est le huitième)


 VII

Un son leur suffira pour connaître la peur
absence forcera plus encore la terreur
et quand le temps venu l’horizon brûlera
partout en leur caverne esprit vacillera

___
* « … » & « .. »