Ce grain devenu si léger par Franck Queyraud (Vase communicant, #55, hommage à Francis Royo)

Bord d'eau pour Francis Royo (1)

pour Francis

Ces grains de la peau

Ces grains de la poésie

Ces grains de la photographie

Ces grains qui, dans le rayon de lumière, s’envolent dans la pièce aux persiennes à demi-ouvertes…

 

Dires… les

Bribes

En marge… des

Lisières

 

Une jeune photographe, Alix Cléo Roubaud, écrivait que le temps de la photographie était celui du futur antérieur. Quand je regarde une photographie, je regarde ce qui est déjà fini. Cela aura été. Pour celui qui la regarde, la photographie a peut-être quelque chose d’intemporelle et de lointain mais pour celui qui était impliqué, elle signifie autre chose d’indéfinissable et de mélancolique.

Le lecteur peut-il réellement dire la même chose du poème qu’il lit ?

Cela est,

Cela est, toujours et encore, ici et maintenant.

Et ma persienne ressemble à un volet à demi-fermé qui laisse passer un rayon de lumière.

La parole qui vacille

Ce grain de sa voix :

« ce grain
devenu si léger
m’affranchit de tous les nuages

saison vive »

(poème du 9 mars)

Silence


vasecommunicants Ces vases communicants d’Avril sont teintés d’une tristesse que Franck Queyraud a voulu dépasser en proposant de les dédier à Francis Royo disparu récemment et dont la présence  poétique  (au- delà de son grand recueil analogos)  manque déjà à beaucoup d’entre nous.

 

Mon texte se trouve chez Franck Queyraud ici

bonheur … peur

peur/ 
plus pour demain
plus rien
pas même une miette
à attraper
C ÉTAIENT DES INSTANTS OÙ - letcr1-expavec le bout du doigt mouillé
déposer sur la langue
surtout pas mâcher
surtout
encore moins avaler
attendre qu’elle donne
tout de son corps
et disparaisse
même pas une miette
plus rien
plus pour jamais
vraiment peur/
cacher
garder sous le coude
un peu
tout petit peu
du bonheur
pour demain

C’est à voir …

à voir si le ciel restera là
à rien faire
que compter les nuages sur la terre
paresser au soleil
faire croire que le reste l’indiffère

a des yeux
le ciel
des couleurs
en doux désordre
brun, vert, blond et le reste
tout piqué de nuances  éphémères
en troupeau
elles disent ses couleurs
soif de vivre
peur de mourir

à voir si la nuit
paisible pourtant
laissera les fausses lumières
salir sa fourrure
noyer ses étoiles

à voir si
les yeux fermés
la nuit
le jour
existent
plus encore.

paresse des sens – Maurice de Thaelm

morphogénèse de la rétine

L’image est ce qui « permet » l’économie de l’imagination.

 
L’oeil n’est pas un effort
mais une paresse de la peau.
_____

Maurice de Thaelm ( In « Morphogénèse de la rétine »)

morphogénèse de la rétine


 

[aunryz : – Mouais ! Mais c’est tout d’même vachement joli … à voir]

 

 

Elle me dit – petit

 

Elle
jettant un coup d’oeil sur la table qu’IL a préparée – repas avec deux amis –
y voyant sur chaque serviette, pliée en triangle approximatif, un minuscule morceau de branche d’amandier en fleurs
et au milieu de la table des muscaris disposées en corolle dans un verre à schnaps.
– Tu es dans les petites fleurs en ce moment ?

Lui
– pas « en ce moment »
j’ai toujours été dans les petites fleurs
Les pt'ites choses - ascaris-
dans les p’tits tout.

L’âge de raison ?

l'âge de raison-– Monsieur, quelle heure est-il s’il vous plait ?
– Eh bien voilà un jeune homme bien poli !
Ce sont tes parents qui t’ont enseigné les belles manières ?
– Non, c’est ma grand-mère. Mes parents, eux, ils ont disparu avec ma petite sœur et mon grand-père après un bombardement.
Il parait qu’ils ne peuvent pas revenir parce qu’il y a trop de pierres sur eux.

– Oh ! Je suis désolé pour toi mon p’tit gars, vraiment désolé.
Quel âge as-tu ?
– Tout juste l’âge de raison disait grand-mère.
– Tu sais, chez moi, dans l’Idaho j’ai aussi un jeune qui m’attend.
Lui aussi a tout juste l’âge de raison, tu lui ressembles un peu.

Oui, je suis vraiment désolé pour ta sœur et tes parents.
Tu as un rendez-vous, quelqu’un t’attend ?
– Non, pas de rendez-vous. Grand-mère est partie au paradis d’Allah il y a six mois, et le lit en fer de l’orphelinat ne m’attend pas.
Je peux voir votre montre, s’il vous plait monsieur ?
– Elle te plait ma montre ?
– Je ne sais pas monsieur, je voudrais juste savoir l’heure.
– 11h00 … pas tout-à-fait … il sera 11h00 tout bientôt mon garçon.
– Merci monsieur le soldat. Tout bientôt mon sac à dos va m’aider à rejoindre ma famille, au ciel, et vous avec.

[peauâme]

Enfant qui danse-L’existence est une poésie à contraintes

l’une d’entre elle est le corps

une autre l’esprit

comme en poésie elles aident à produire du beau.

 

___
La terre ne résiste pas sous le pied de l’enfant
elle l’accompagne
se matérialise à chaque endroit où il se pose
ami qui anticipe et qui prévient le faux pas
où le provoque
pour cette joie des corps qui se touchent
et des âmes qui s’abouchent
ce n’est que bien plus tard
que l’on nommera « accident » la chute.

Poème