L’horloge et ce qu’elle fait de nous – Lewis Mumford 1934

Afficher l'image d'origineIl y a plus de quatre vingt ans, Lewis Mumford, qui n’était pas alors aussi méfiant vis-à-vis de la machine* qu’il l’a été par la suite (notamment après Hiroshima) écrivait ce texte dans lequel il évoque l’apparition de l’horloge. Cet outil à mathématiser notre perception du temps, qui « produit«  (c’est le terme qui convient) « les heures, les minutes et les secondes« .

(J’ai bien sur pensé à la production actuelle (mots** … et le reste) de Laurent Grisel)

A la marge (de la marge, de …) ce texte donne la mesure de la petite phrase*** de Séguela
à propos de cet objet qui consacre si bien celle de Benjamin Franklin « le temps c’est de l’argent « , puisqu’il y fusionne les deux termes en un seul mot.

 

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* Et donc moins susceptible d’être taxé d’anti-technique  et de rétrograde.
** « Le monde est sans intention, le monde est sensible »
***  » Si à cinquante ans on n’a pas une rolex, c’est qu’on a quand même raté ta vie.« 

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Parfum de Jazz – Steeve Laffont – richesse des mélanges

Cette année encore, à Buis les baronnies (bout du monde de la Drôme provençale) a lieu le festival « Parfum de Jazz » que des inconscients bénévoles et sans avenir (opinion d’un organisme qui a refusé sur ce motif de les subventionner) ont porté à bout de bras jusqu’à cette 18ème édition.

Pour la première fois, un concert est organisé cette année à Mollans sur Ouvèze (à deux pas du Buis). La formation de Steeve Laffont (un Trio devenu Quartet pour l’occasion avec la présence d’un second guitariste solo) y a ouvert la série des concerts payants (des concerts gratuits sont donnés en journée et en début de soirée) mardi 16 août.

On imagine ce que le jazz aurait perdu si des partisans de la « pureté n’autorisant aucun mélange » avaient colonisé cette musique qui vit précisément d’apports multiples et d’absence de contrainte, excluant de fait le « Jazz Manouche » de cette ensemble.


En audio, (avec bruits de présences diverses) le morceau donné suite au rappel réclamé par le public, dernière prestation de la formation de Steeve Laffont.

 

« La Guerre du sommeil » de Gert Jonke – [quand le mot donne aussi de ses entrailles]

« Oui, Burgmüller, souvenez-vous !

Ce jour-là, dans la gare, en explorant de vos yeux cette vaste salle traversée de rails, vous aviez soudain été touché par un regard qui vous avait saisi si brutalement que vous vous demandiez ce que de tels yeux pouvaient voir. Tout ce qu’ils effleuraient était aussitôt pénétré, agité, rien ou presque rien ne devait leur échapper, pensiez-vous, mais vous n’aviez nullement l’impression d’avoir été désagréablement percé à jour, vous auriez même permis à de tels yeux de vous cribler de plus de trous encore qu’il n’y en avait dans la voûte de la gare en verre armé. »
Gert Jonke
extrait de « La guerre du sommeil »

Traduit de l’allemand par Ura Müller et Denis Denjean


Ce livre que je goûte à petites gorgées
comme un alcool fort, un vin raffiné, les préliminaires de l’amour, un plat de spaghetti à la carbonara (sans crème), une grappe de zibibbo, …-
me dit, me montre, me réjouit à la pensée qu’il est possible d’utiliser les mots malgré eux, de les libérer de leur coque, de les faire se recouvrir, se nier, s’accoupler, se dissoudre, tout en ne perdant rien, tout au contraire, de ce qui est en germe dans leur code génétique, leurs lettres et les sons qui les font pénétrer l’espace.
Gert Jonke donne ici une fiction que le scientifique pourrait doter d’un squelette tissé des théories quantiques, tant la causalité y est malmenée (celle à laquelle nous avons été dressé sur les bancs réels ou virtuels des écoles), mais qui serait bien insuffisant pour « ex-pliquer » pourquoi, après quelques pages (pour peu que…) tout y est si cohérent.

Burgmüller interroge, est questionné, rêve, nous réveille, pétrit et devient farine de son propre pain. Ici le regard est un prolongement de la langue, de la main, son pouvoir est immense et c’est pourquoi il accepte si souvent l’impuissance, c’est pourquoi il peut frôler, toucher, pénétrer le temps des pierres, déchirer la pellicule d’identité qui recouvre tout ce qui possède un nom, propre ou non.

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La guerre du sommeil est un roman qui crée l’intimité, si l’on accepte de laisser, bien plus que ses sandales à l’entrée.

Vases communicants d’août : « Là où l’on se trouve » (2/2)

vasecommunicants Ces vases communicants d’août j’accueille Marie-Christine Grimard, toujours prête à se promener en l’ailleurs de l’écriture.

Pour cet échange nous avions convenu de se proposer mutuellement une photographie en rapport avec nos lieux de vacances (là où l’on se trouve).
C’est à peu près ce que nous avons fait.

 


 

Rêver de l’été

Rêver de la chaleur du sable, de la fraîcheur de l’océan, de la chanson des vagues sur le sable de l’estran, de la caresse du vent dans mes cheveux, du claquement des voiles à l’horizon, des gerbes d’eau sur les coques.
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Rêver d’une vie sous le vent, les deux pieds rivés au bitume, la tête dans le brouillard, les yeux dans le vague.
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Rêver de barques multicolores emportant leurs casiers pour la pêche aux araignées.
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Rêver de marées descendantes qui emportent le nageur jusqu’à l’horizon.
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Rêver de rochers découpant leurs formes fantastiques sur la pourpre du couchant.
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Rêver du parfum du varech chatouillant mes narines.
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Rêver de ce combat avec le vent pour rester debout sur la dune les soirs de marées d’équinoxe.
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Rêver que la prochaine tempête m’emportera avec le sable pour que plus rien n’ait d’importance que le reflux de l’eau sur ma peau.
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Rêver de voiles qui se tendent, de cordages qui tintent, orchestre sous le vent.
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Rêver de lendemains qui voguent.
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Ne plus rêver et se réveiller là-bas.
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Se frotter les yeux pour en être bien sûre.
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Et puis entendre, derrière les arbres du jardin, ce bruit rauque de la marée qui monte sur les galets plats. Se souvenir qu’à vol de goéland, la falaise est à deux pas…
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Reprendre son souffle. Ici l’air est si léger…
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Sourire et se rendormir, bercée par les vagues !
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photo - rêver de l'été-
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écrit par Marie-Christine Grimard
pour #VasesCo du 05/08/16

photo Luc Comeau-Montasse


 
 
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Mon texte est sur son espace virtuel : Promenade en ailleurs

 


L’ensemble des vases communicants d’aout
Merci à Marie-Noëlle Bertrand

Déchiffrer

C’est peut-être le second apprentissage fondamental pour l’enfant


Les concepts initient la numérisation du monde

LE CONCEPT INITIE LA NUMÉRISATION-carte mentale
les chiffres l’achèvent

LE CONCEPT INITIE LA NUMÉRISATION-digit

Le poète y met un coup
de pied

LE CONCEPT INITIE LA NUMÉRISATION-coup de pied-enfant


de couteau
de …

LE CONCEPT INITIE LA NUMÉRISATION-coup de pied-4
que son lecteur dé-chiffre


[à défaut … il n’y a pas de pire captivité que celle
de la prison des mots]*


(merci de bien vouloir
à ces mots
mettre un coup de couteau)