Lenturies XVII

(Lélio Lacaille, environné soudainement d’un vol d’étourdis à plumes, émerveillé par l’unicité de ce grand corps mouvant aux virevoltes imprévisibles, sentit sa caverne traversée par les deux silences* dont parle Maurice de Thaelm dans son traité du même nom .
Libéré de ceux-ci après trois mois de vol virtuel en cette bruyante compagnie**, il écrivit le dix septième quatrain de ses Lenturies
)

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(cliquer pour Entrevoir le poème en vol)
poeme-epars-pille

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* « ….. » & « ….. »

** Chacun sait qu’il n’y a rien de plus bruyant que ce double silence.

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Lenturies XVI

(Lélio Lacaille, constata, en prime matin d’automne, le résultat du passage d’un groupe conséquent de sangliers. Le ravage causé au peu d’herbe qui avait résisté à l’été, et la concentration exclusive de matière fécale en un lieu élu par l’alchimie animale, fit en lui s’étirer brièvement ces deux silences* dont parle Maurice de Thaelm dans son traité du même nom .
Au creux de ceux-ci naquit le seizième quatrain de ses Lenturies**
)

quatre-chenes

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* « ….. » & « ….. »

** Le rapprochement avec la « tour abolie » n’est pas totalement infondé.


Quatre chênes racines nouées
en terre vive en grand secret
Tissent dans les eaux souterraines
l’étoffe ardente des regrets.

Lenturies XV

(Lélio Lacaille, une jeune pie à la plume encore proche du duvet s’étant posée sur son épaule et lui ayant picoré l’oreille à la manière d’une amante, entendit, aussi distinct que l’absence de cri du volatile, les deux silences* dont parle Maurice de Thaelm dans son traité du même nom .
Dans la même goutte lui vint ce quatrain, qui reçut par la suite le numéro que l’on sait, au sein de ses Lenturies**
)

ils-attendrons-dans-limpatience-couvert

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* « ….. » & « ….. »

** Du fait d’une erreur de mise en page de la part de celui qui les jeta au feu

*** Cette version diffère de l’original – censure d’un astronome – il faut bien entendu lire « transe » .


Ils attendront dans l’impatience 
un hiver qui ne viendra pas
tandis que les planètes en transe en danse***
prophétiseront leur trépas

Vases communicants d’octobre : « Voix (1/2) » – Sylvie Pollastri

vasecommunicants Ces vases communicants d’octobre, j’accueille Sylvie Pollastri , avec laquelle j’échange pour la première fois un texte.  

A la recherche d’un thème qui nous conviendrait l’un à l’autre, elle a dégainé la première …
et proposé « la voix »
…touché, c’est devenu mon choix et le titre de nos participations.


 

Voix

Voix dans la ville, alors que la mer sourcille, fronce ses verts, souligne ses ondes de bleus métalliques, tandis que les nuages se grisent d’automne. Air du temps qui annonce l’orage. Plus tard. Pour l’heure, le soleil encore chaud rend placides les pas des hommes. Leurs voix, proches, lointaines, soudaines, se font entendre, se font surprendre, là, ici, près d’un banc.

« héééééééé !!!! aaaaaa…angééé ce miiiiiiid’… » (*)

L’homme reprend le sceau dans lequel il devait y avoir un poulpe à peine battu. La vente est manquée. L’acheteur hypothétique tourne les talons. L’autre rejoint le groupe. Une ligne plonge vers les blocs de ciments jetés en contrebas, un gros fil jaune enroulé sommairement autour d’un carton épais qui a connu plus d’une marée. Mieux vaut les manger ce midi, ces poulpes, qu’en tirer un prix dérisoire.

Voix assourdies, de l’autre côté de la rue. Réunion, petit comité. Les gens se pressent, se parlent en abondance. Des gentlemen à moto, très 1870, à cause de leurs barbes hypster, de leurs bretelles larges, chemise-blanche-cravate et pantalons-droits-à-carreaux-discrets, pris dans leurs conversations courtoises. Voix ni trop fortes, ni trop basses, dont la juste affectation sait laisser sa place au service des garçons de café très Hôtel Georges V, tandis que des moteurs Harley vrombissent. Le rendez-vous apéritif, « déjeuner sur l’herbe » en costume d’époque comme on sait les revivre ici, est sur le point de se clore.

Voix d’enfant, cristalline. Ce « Si…’h » toujours dit dans un souffle, tandis qu’il est à fond sur son tricycle en plastique. Sa mère vient de lui demander de s’arrêter pour prendre une photo. « Tu veux bien ? ». Cette voix s’évapore, tandis que l’enfant poursuit sa route.

Et puis encore, voix françaises. « Là ». « Boîte aux lettres ». « Dijon ». « Mmmmmmm ». « Bbbbbbbbb ».Un groupe de vacanciers organisés tournent à l’angle droit de la rue.

« Cô ! »… « Cô ! » … « CÔsimo ! »

Ici ou là, dans la rue ombragée, voix d’homme au téléphone. L’ami a du mal à comprendre qui l’appelle. Et puis la discussion s’engage.

Et puis encore, voix éparses qui ricochent sur les murs de la cour intérieure des immeubles. Enfant qu’on interpelle. Chien auquel on ordonne de se taire. Exclamation d’exaspération. Le tout mêlé aux assiettes que l’on pose sur la table, aux portes qui se ferment, aux quelques engueulades qui restent de la semaine.

Voix du dimanche.

Texte de Sylvie Pollastri

pour #VasesCo du 07/10/16

(*) Transcription libre, en français, de l’italien méridional de Bari.


Mon texte se trouvera sur son site « Mon chat aime quand je lis Proust le matin »


Retrouvez la liste des Vases Communicants du mois ici. 
(Merci à Marie-Noëlle Bertrand : La dilettante)
 « Tiers Livre (http://www.tierslivre.net/) et Scriptopolis (http://www.scriptopolis.fr/) sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

B.G.

nostalgie-quand-tu-nous-tiensnostalgie-quand-tu-nous-tiens

(D’après une photo de DOMINIQUE HASSELMANN
extraite de sa série « BEAT GENERATION » REVISITÉE
lire l’épisode [1] )


NOS souvenirs nous emportent souvent là où
TA trace conserve un peu du parfum de son parfum
L ’horizon a perdu son éclat, mais tu es encore là
GI pacifique, poseur de bombes en noir et blanc
En vain nous cherchons à oublier le manque
QUAND TU NOUS TIENS