Enseignement industriel – un rendement décroissant

Lorsqu’on compare des écrits scientifiques, distants de quelques dizaines d’années, relatifs
– à l’origine de « l’humain sage » (homo sapiens … et les incertitudes concernant son cousin Neandertal)
– au rôle des gènes
– aux plantes (Goethe faisait rire il y a peu. Des scientifiques osent à présent l’évoquer)
– …
A lire leurs différences, voire leurs oppositions franches, on comprendra que le terme « croyance » relativement au réel (ou si ce mot fait peur « état daté du connu« ) convient bien mieux que celui de « savoir« .
(On peut cependant utiliser le mot « savoir » si on fait référence à une description abstraite du réel, réduite aux concepts qui visent momentanément à le modéliser)

Il est tout à fait possible qu’une découverte majeure concernant la notion de « présent » (ou de temps*) pour remettre en question la plus grande partie de l’ « état actuel du connu » relatif notamment à ce que l’on nomme « matière » et susciter de nouveaux bouleversement dans ce qui est transmis dans les établissement scolaires.

Voilà qui devrait rendre plus prudent tous ceux qui enseignent un contenu ou des méthodes et davantage encore ceux qui organisent les systèmes d’enseignement.
Ce n’est pas vraiment le cas actuellement.

enseignement industriel-

 


*Carlo Rovelli : « Le temps pourrait être un concept émergeant à grandes échelles – un peu comme le concept de la ‘surface de l’eau’, qui n’a de sens qu’au niveau macroscopique mais qui perd son sens précis quand on l’examine au niveau atomique. »

Voir l’article de Télérama : “Le présent est une notion locale, pas globale”


L’écolier, comme l’ouvrier, a vu son niveau d’engagement considérablement augmenter.

Je nomme ici niveau d’engagement parce que la mesure en temps de l’activité n’est pas pertinente.

Lorsqu’on voit un mécanicien changer une roue, tout en répondant à un client le téléphone portable coincé entre sa tête et son épaule, on comprend que son heure de travail (dont les temps morts ont été considérablement réduits dans le même temps qu’a été accéléré son rythme) en vaut largement 2 d’il y a trente ans.

Il en est de même pour l’élève qui, à quantité égale d’heures de cours, est bien plus actif (lorsqu’il accepte la cadence imposée) que son équivalent d’il y a trente ans.
Comme pour le mécano, les temps morts ont été réduits considérablement grâce aux moyens moderne de rechercher, reproduction et projection de document ainsi que par l’utilisation de technologies dites « interactives » (dans les faits il s’agit principalement d’une « dépendance » dans un sens).

C’est en ce sens que, lorsqu’on me demandait comment améliorer la compréhension des élèves en mathématiques, je proposais systématiquement de diviser l’horaire par deux (ce qui consistait en fait à revenir à la charge mentale du siècle précédent)

L’OCDE fait des études poussées pour comprendre la raison du rendement décroissant (ils ne le disent pas comme cela) de tous les systèmes d’enseignements (industriels) de la planète.
Il n’est pas nécessaire d’aller bien loin.
L’enfant est un lieu vivant et comme tout ce qui vit, il résiste (pour s’adapter) à ce qui le met en difficulté.
De même que ce n’est pas en utilisant davantage de DDT que l’on supprimera le paludisme, ce n’est pas en améliorant la qualité des outils au service de l’enseignement industriel que l’on stoppera l’augmentation du nombre des enfants résistants (actifs ou passifs) à l’école.

André Dhôtel disait « Je n’ai jamais empêché un élève de regarder par la fenêtre ».
Il tenait là une partie du remède.
Réévaluons nos certitudes concernant les contenus enseignés et leur utilité … pour eux-mêmes, diminuons la pression, notamment la pression évaluative : indice de manque de confiance
regarder par la fenêtre– en l’élève jugé incapable de travailler sans récompense et échelle de valeur
– autant qu’en l’enseignant jugé incapable de percevoir les difficultés et les échecs dans l’accompagnement ordinaire.
… et laissons les élèves regarder par les fenêtres … intérieures ou extérieures à son être en devenir.



apprendre

(Il ne s’agit pas ici de la con-naissance liée aux concepts et au langage, pour laquelle le mot savoir convient mieux,
mais celle qui suppose la com-préhension.
On peut savoir des tas d’informations concernant une personne …
sans la connaître et sans la comprendre.

[A rapprocher de la formule de René Daumal « Je sais tout mais je n’y comprends rien«