(sous page n°6 de :) Les lectures d’un confiné – PArtaGE

Dans le monde réel, la notion de contraire n’existe pas, ainsi le « contraire » de Giono n’est en aucun cas André Dhôtel, même si tout semble les opposer.
Pourtant tout de même …

L'oeuvre logique de Rimbaud

Originaire, comme Rimbaud, du Nord de la France, Dhôtel pour plaisanter, s’étonnait parfois de la place particulière que l’on donne au « jeune » ardennais, du point de vue de l’expression poétique. « Chez nous tout le monde parle un peu comme cela ! »

Bien évidemment l’auteur « du Pays où l’on arrive jamais » n’aurait pas consacré plusieurs études à l’un des poètes les plus chéris en France, si son propos avait été autre que plaisanterie.

L’oeuvre logique de Rimbaud – André Dhôtel (II la ville)

(Comme J’ai lu ici l’extrait d’un essai,  je donne également un cours extrait d’un roman d’André Dhôtel. Où il est question – comme souvent – de « rendez-vous manqué » comme disent les anglais. De ces ratés qui cimentent une vie, lui évitant de se perdre dans … le confort (?))

Le plateau de Mazagran

Le plateau de Mazagran

Quand l’âme d’un tricheur parfume la rue

cherchait la carte qui est si délirante qu'il n'aura plus jamais besoin d'une autre-

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Dans une ruelle de Buis Les Baronnies – où un costaud ne passe que de profil
à deux pas du Bar Des Cigales
presque en face de l’appartement d’un régisseur/comédien/metteur en scène de théâtre.

as de carreau


Un des regards sur le réel, qu’à orienté ces derniers mois
le délicieux thème de la revue « La piscine »
« L’âme des lieux sans âme »
Comment ne pas penser à André Dhôtel ?

L’enfant qui écrivait n’importe quoi

Maman m’a dit que ça ne servait à rien de t’écrire, que là où tu es, tu ne peux pas vraiment me répondre. Mais cela ne fait rien, j’ai tout de même des trucs à te dire et je suis persuadé, tu m’as persuadé, que d’une manière ou d’une autre ça parviendra jusqu’à toi.
D’abord, je dois t’avouer que des livres, j’en avais pas lu beaucoup avant le tien. Quelques illustrés et seulement un fantômette de ma soeur. Juste histoire de la faire enrager un peu, parce que ce coup là maman a dit « laisse ce livre à ton frère, pour une fois qu’il a le nez dans un bouquin ! »
Alors, quand papa m’a collé celui-là* dans les mains, après m’avoir confisqué ma bidullebox, les manettes, mon smartphone et la télécommande de la télé, j’étais pas vraiment enchanté.
Pourtant, dès les premières lignes, ce qu’il y avait à l’intérieur ma capté. Peut-être à cause de l’enfant, de la vie qu’il mène avec son grand père, loin de l’école, libre comme un sanglier.
En fait, je ne saurais pas trop dire. Y a presque pas d’histoire, juste cet enfant menteur, qui pourrait être moi, la forêt, une maison à la géométrie incompréhensible et des gens qui passent comme des nuages dans le ciel, avec de temps en temps, une averse, un éclair suivi d’un coup de tonnerre et des espèces de lumières qui déchirent tout, sans prévenir, comme on a par chez nous.
Pour sur, à cause de tout cela, je suis obligé de te dire un peu merci.
Tout de même, je t’en veux vraiment beaucoup. Parce que, vois-tu, quand j’ai eu fini le livre, je me suis senti si seul !
J’avais même plus envie de tirer les cheveux de Babette, ou de casser des trucs sans le faire exprès. Plus rien ne m’intéressait.
Il parait que tu en as écrit d’autres, des livres. Un jour prochain j’y mettrai certainement le nez, mais en attendant je retourne dans ta forêt retrouver Alexis.
Juste avant … j’crois que c’est dans des cas comme ça qu’on dit … merci.

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*« L’enfant qui disait n’importe quoi » André Dhôtel

André Dhôtel …l’archaïque*.

Surgi au beau milieu de toutes ces mécaniques post-modernes en devenir ou en faire-part de naissance, de toutes ces voix dont le destin voulu est de toujours découper (décaper ?), préciser davantage, puis éventuellement recoller le réel, cet adepte du décourci donne encore une chance (la dernière ?**) à la pensée qui refuse de se croire soit absente soit détachée de la peau, de la chair ou du rythme – harmonie et syncope –  des flux liquides qui irriguent le corps.

Archaïque, son œil ne discerne pas les prétendus contours qui définissent les couleurs, les routes, le bien ou le mal, et s’il connaît plus de variétés de champignons que le pharmacien « Monsieur Jacques », c’est davantage pour teinter les pas du promeneur au delà de la précision de son regard que pour cartographier le vivant végétal.

Celui qui écoute la voix douce et lente d’André Dhôtel, celui qui ose couler son esprit dans le relief des graves, fluides et suaves, celui qui ne s’arrête pas aux apparentes contradictions des mots, ou aux étonnantes précisions responsables parfois de subtiles dissonances dans l’accord dominant du récit, celui-là retrouve le chemin, la lisière, du paradis terrestre.

Non pas ce lieu fade et plat, usé par des milliers d’années de lectures bibliques, mais ce monde sans bord, tant pour l’œil que pour la pensée, à l’extrême opposé d’un réel en numérisation continue – c’est-à-dire en disparition – monde où la forme seule subsiste, devenue quantité.

André Dhôtel est l’artisan et le protecteur d’une arche-clairière, dernier lieu émergeant d’un déluge à venir, sur une ville planétaire qui se nourrit des pleurs et des peines de ses faubourgs, une arche-clairière où l’on peut encore respirer des lèvres et du regard des « rues dans l’aurore ».

* Archange Laïque ?

** bien sur que non … puisque tu es encore là à lire ce texte.