Au bout du quai

Une nuit surement0002attend
froide aux tempes
aux chairs
nuit passage
alors lui rendre toute l’eau
et le reste des souvenirs
aucun bagage
pas même un mot une image
l’ange ne le permettrait pas
il n’avale rien de vivant.

Atrophie

chn02Perdu quelque chose de moi
pas les extrémités
mais du milieu
de l’intime
de la chair du côté du cœur
aussi peut-être un peu d’assise
ça ne tient plus debout
je ne tiens plus debout
ou plutôt
ça tient mais ça ne devrait pas
je devrais tomber
surement je suis déjà tombé un peu, dedans
dedans y a du manque
du manque des souvenirs
des morceaux des gens d’hier
des gestes d’hier
surtout des regards
plus rien des regards
ou plutôt, si
l’eau, mais qui stagne
plus rien de lumière de colère de peur de joie
perdu
plus moi.
 

MES-ALLIANCE

Il y eut un temps
où même les objets
jugèrent les hommes si mauvais
que
bravant les lois aux quelles
depuis la création du monde
ils consentaient d’obéir
[en sacrifiant ainsi à la mort perpétuelle]
la plupart se mirent à nuire au genre humain.

Ainsi par exemple
un grand nombre d’accidents de la route
furent provoqués par
le mensonge délibéré
de la partie réfléchissante des rétroviseurs
floutant – parfois même gommant totalement –
la silhouette d’un véhicule
dont le dépassement promettait l’impact.

rétroviseur

—-
La source de l’image confirme la mauvaise opinion du dit rétroviseur

ET -2-

poème ... et repartir--

Et poser son corps tout contre la terre
le nez dans l’herbe
dans les odeurs de thym, de menthe
de passages
avec parfois la peur
suivies de crocs domestiques puis de métal.
Et faire halte
de tout ce qui marchait
se rappeler
éviter le trop loin de l’âme
toujours un peu en retard.
Et lui poser comme un poème
sur un bout de papier
quelques paroles articulées
pleines de voix et de silences par-dessus.
Pour qu’elle vienne,
continue à suivre nos pas.
Et repartir.

CELA

araignéeCette araignée qui se tient immobile à mes yeux dans un des coins du plafond, parce qu’elle pense ainsi éviter le coup de grâce, mais aussi pour ne pas effrayer une potentielle proie, cette araignée, je vois bien en quoi sa présence est profitable à tout cela, à Cette Matière qui se cherche une issue, ou tout du moins un voyage, du paysage sur son corps, à cet univers où nous barbotons tous.
Cette araignée joue le jeu, elle travaille. L’insecte qu’elle attrapera dans sa toile, qu’elle figera avant de le dévorer vif, cet insecte, l’alchimie au cœur des organes de son bourreau la transformera en un liquide plus noble. Chaque jour des milliers de milliards d’araignées travaillent ainsi, cornues vivantes à la pierre philosophale. Et il en de même pour tous les êtres vivants, visibles ou invisibles qui nous entourent.

Mais moi ? Et la multitude de ceux auxquels a été retiré tout instrument, tout accès à l’œuvre pourquoi tout Cela accepte-t-il encore notre présence ?

Serait-ce qu’un des actes conscients ou inconscients de mon quotidien sert son dessein, sa pente ?

————
Yeux-plafond aussi bien issue à tous
Toile au liquide pierre invisible
La présence
serait pente.

A présent … il pouvait dormir tranquille

Il était enfermé. Quelqu’un l’avait enfermé.

Il lui avait fallu faire l’inventaire des possibles pour finir par comprendre qu’il se trouvait dans le pétrin, élément de décoration préféré de sa femme, et de la salle à manger.

Enfermé. Et malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à faire bouger le plateau d’un millimètre.

Étendu, comme dans un cercueil, il se demandait comment il en était arrivé là. Aucun de ses souvenirs ne le conduisait à l’intérieur de ce caisson en bois où il pouvait à peine remuer les bras et les jambes.

Aucun Bruit. Ni au-dedans, ni au-dehors.
Si ! On grattait ! Quelqu’un, quelque chose grattait et cela produisait un petit bruit. Régulier, mais si faible qu’il lui avait fallu faire silence en ses pensées pour l’entendre vraiment, pour ne plus en douter.

Mais à présent, ce grattement ou plutôt ce grignotement emplissait toute sa tête et avait fini par commander au rythme des battements de son cœur.

Ce grignotement … Il lui rappelait quelque chose. Cela, il en était certain, mais sans pour cela parvenir à saisir cette chose.

Les minutes, les heures peut-être s’écoulèrent. Et soudain une image se fit dans sa nuit : celle d’un petit insecte, une abeille sombre et velue, s’envolant d’une des poutres de la toiture couvrant la terrasse.

Tout près de lui, une abeille charpentière grignotait le plateau en tilleul, vieux de plusieurs siècles qui condamnait sa tombe.

Il refusa de s’en étonner. Il avait une compagnie, une amie, une alliée. Elle œuvrait pour lui et, bientôt, il serait libre.

A présent, il pouvait dormir tranquille. C’était certain, il allait sortir de ce pétrin.

je lis « Asile » – avec les mots de Maryse Hache et la mémoire de l’oeil de Tina Kazakhishvili

Je lis
[par minuscules gorgées de texte
et regards espacés sur les photographies
parce que tout y est si dense que
ces petites goulées suffisent à me submerger pour quelque temps]
je lis « Asile ».

Avec les mots de Maryse Hache et la mémoire de l’oeil de Tina Kazakhishvili
(http://www.publie.net/livre/asile/)

La phrase de Maryse Hache, (sans lame à trancher le flots des mots*) mêle et fond les extérieurs et intérieurs des âmes et des choses, tant des personnages qui habitent cet asile, que de ceux (les auteurs) qui traversent pour un temps leurs espaces de vie
et cette phrase (me) touche souvent presque par surprise. Comme ici par exemple
« ce drap ça contient mon corps qu’il aille pas s’éparpiller »
(…a réveillé le drap de ma peau et lui a fait frisson)

Les photographies de Tina Kazakhishvili, m’ont évoqué les clichés pris d’un autre univers, dense en noirs et blancs, en personnages recroquevillés, en lieu qui serrent l’âme.
Les photos de Renée Taesch dans « Portrait de groupe avant démolition ». (voir quelques images ici http://www.solest.com/galerie/taesch.html les textes sont de Denis Robert)
Même proximité, même pudeur, simplicité du regard, même confiance de celui dont on immobilise la présence.

Je lis « Asile » et je suis enchanté d’un sort qui touche autant mon corps
[qui inconsciemment se recroqueville à la vue d’une image, ou à la lecture des mots]
que mon esprit
[ivre, touché par le vertige – parce que cet abîme est proche … bien plus proche qu’il n’y parait.]

Lisez « Asile » vous en reviendrez plus humain

eux aussi.

_____
* Maryse Hache écrit sans ponctuation

Derrière le carreau

L’étonnement grandissait en lui.

oiseau-Depuis qu’il avait vu cette mésange, ou ce rouge queue, peut-être un moineau – il n’y connaissait rien en plumes – depuis qu’il l’avait vu lui faire une grimace, perché de l’autre côté de la vitre sur le bord de la fenêtre – une grimace impossible, puisque, avec un bec rigide, des yeux sans paupières et rien de joues à déformer –  depuis que cette grimace l’avait fait rire, un étonnement sans fin, une faim d’étonnement sans possibilité de la satisfaire jamais, c’était emparée de lui.

Il ne pouvait pas poser ses yeux sur un être vivant, le plus petit, le plus insignifiant qu’aussitôt … il signifiait, il s’emparait de son esprit pour y courir, y gallipeter, y déplier son corps, y éclabousser de ses possibles.

Tentait-il de se soustraire à cet envahissement de son esprit en cherchant un lieu terne, une ombre, un trou dans un arbre, que des couleurs y apparaissaient, alors même que l’obscurité demeurait identique à elle-même, dense et profonde. Et ces couleurs se faisaient mouvantes révélant des courants de lumières analogues à des courants d’air, dont il s’étonnait non pas de la présence, mais de ne pas les avoir perçu jusqu’alors.

De temps à autre, l’oiseau venait croiser son regard. Il n’avait plus cette grimace, ou plutôt elle était là mais ce n’en était plus une. Un sourire, une interrogation amusée, un peu comme une certaine italienne songeant au paysage préhistorique qu’on lui avait collé dans le dos. Plutôt amical, avec un rien de connivence.

– Tu vois, maintenant, pourquoi mes plumes me suffisent ?

La mémoire des vivants

litAssis sur le bord du lit d’Annibal, Lélio lui faisait part des dernières nouvelles du monde.

Le vieillard qui n’était plus qu’un léger bruit intermittent des lèvres sur un lit, s’intéressait peu à l’agitation des flux sur la planète mais il se passionnait pour la moindre invention dans le domaine des nouvelles technologies.

Lui qui, avant d’être condamné à l’horizontalité absolue, n’avait guère connu que la radio, la télévision ou le téléphone fixe, se nourrissait de tout ce que son petit-neveu lui rapportait concernant le monde du virtuel. Ces images et ces sons qui n’avaient plus besoin de la matière et se déplaçaient sans tuyaux, il voulait que Lélio lui en rapporte le moindre développement.

Annibal s’intéressait particulièrement à la réalité augmentée en audition, en vision, en touché, en odorat. A chaque fois que son petit neveu lui évoquait un progrès dans ce domaine, son regard semblait retrouver un peu de lumière, et il faisait même parfois l’effort de quelques mots pour obtenir des précisions.

Ce jour-là Lélio avait gardé le meilleur pour la fin.

– Il faut aussi que je te dise que bientôt, les ordinateurs pourront avoir une mémoire beaucoup moins importante et en même temps beaucoup plus importante.

Apparemment, ses mots avaient manqué leur effet !
Lélio poursuivit.

– Ils ne stockeront plus les données elles-mêmes, mais un code qui donnera accès instantanément à ces données.

– …

– Et ce qui est révolutionnaire ici, c’est que ce code d’accès, ne sera plus fait de caractères fixes, chiffres ou nombres, mais de dessins qui auront un rapport intime avec le contenu qu’il faudra stocker. Dessins, en volume et ayant des modifications cycliques dans l’espace, qui seront calculés par des algorithmes d’intelligence artificielle capables d’établir ce rapport analogique et non plus numérique avec toutes les informations concernées.

– Idéographie dynamique. Pierre Lévy !

Le vieillard avait lâché ces paroles d’une voix atone, mais les mots avaient fait sursauter Lélio.
Le rapport entre cette invention et le livre qu’il avait lu à Annibal une vingtaine d’années auparavant, lui avait échappé, mais était tout à fait pertinent. L’information mémorisée sous la forme d’une image animée.

– Oui ! Mais il n’y aurait dans cette image que la trace de l’information. Trace qui permettrait ensuite une requête en direction du grand lieu de stockage où toute l’information à destination de tous les ordinateurs se trouverait.

– Comme êtres vivants !

– Que veux-tu dire par là mon oncle ?

– Ton cerveau … et grand cerveau collectif. Nous les animés … comment mémoire prodigieuse ?

– …
– Dans rêves … sommes virtuels … tous mélangés

– …

– Au réveil … détaché … efface … oubli !

– …

– Un seul homme !

Anim-3---Aunryz---geombre