Déraillement – Pascal Picq

Les auteurs qui sortent de leur domaine de compétence, volontairement ou non, avec brio ou non, sont légions.

Pascal Picq, que wikipedia présente ainsi


Pascal Picq est un auteur prolifique sur l’origine de l’Homme et son évolution, et s’est fait connaitre du grand public par ses nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique.

inaugure cette rubrique à propos de sa série d’essais qui mélange allègrement le singe et l’homme avec la machine électronique sophistiquée qu’est le robot.

Dans son avant dernier livre dont le titre est
 » Qui va prendre le pouvoir ? « 
complété par les trois alternatives*
Les grands singes, les hommes politiques ou les robots,
on peut lire :

(La situation évoquée est celle des hommes dans « La planète des singes »)

Il s’appuie ici largement sur le roman de science fiction de Pierre Boule « La planète des singes » et s’interroge sur la dégénérescence de l’Humanité qui y est narrée.
C’est à propos de la réponse qu’il évoque la capacité des neurosciences futures à vider la mémoire profonde d’un cerveau humain.
Vider ici ne s’entend pas à la manière des tortionnaires des Goulags ou autres lieux d’inhumanité, mais bien extraire pour en examiner le contenu et éventuellement le stocker.
Si c’est sur ce genre de prouesse dont la science du cerveau est à des parsecs et qui s’appuie sur l’hypothèse que les souvenirs sont stockés dans le corps (en contradiction avec la plupart des hypothèses concernant la mémoire) la fragilité de la suite de l’énoncé est avéré !
Ainsi, lorsqu’il transfère le fameux « syndrome de la planète des singes » – que l’on peut admettre étant donné la parenté plus que probable de l’humain et des grands primates – aux hordes de robots issus de l’intelligence artificielle, il ne franchit pas un gouffre – ce serait supposer que sa comparaison ne franchit que l’espace, ou le temps – il saute allègrement du monde de la complexité, celui du vivant, au monde – jusqu’à ce jour – qui n’est que celui de la complication et qui attend, tel Girgio Metta que le robot « émerge », son pas ralentissant au fur et à mesure de sa progression.
[Le robot enfant ICub qui devait atteindre les capacités d’apprentissage d’un enfant de deux ans, ramenées par la suite à celle d’un enfant de 1 ans, n’a pas encore ceux d’une mouche, et ne prétend plus à les acquérir mais à les mimer en partie.]

Nul ne doutera des compétences de Pascal Picq concernant l’évolution humaine, mais lorsqu’il demande

On ne peut que lui répondre
« Fort peu de choses. »
A ce jour, le domaine du vivant est encore à mille lieu de celui de la machine.
Quant à l’I.A. elle mériterait plutôt le nom de I.S. à savoir intelligence simulée. D’ailleurs un grand nombre de chercheurs du domaine considèrent que la dénomination I.A. ne convient pas et reconnaissent que l’ordinateur « mime » effectivement ce que l’homme fait en conscience (plus ou moins éveillée).

Deux ans après l’essai évoqué, Pascal Picq persiste à surfer sur ce qui est censé menacer l’homme dans le robot à venir dans les mêmes traces

Après avoir rappelé son précédent opus, il revient sur cette double comparaison entre l’intelligence humaine et celle des primates, puis celle supposée des ordinateurs.


L’ Intelligence artificielle et les chimpanzés du futur
Pour une anthropologie des intelligences.

Avons nous jamais été capable de comprendre l’intelligence d’un organisme vivant.
Est-ce de cette manière que l’homme a conquis le monde, ou plutôt par la manière forte dans une démarche totalement pragmatique (je ne sais pas comment pense l’autre mais j’ai appris à prévoir son comportement, et à m’adapter à ses réactions).
Que signifierait « comprendre une intelligence artificielle » ?
Seul le concepteur d’une machine, même peu compliquée, peut la comprendre parfaitement. Quand à l’utilisateur, ce n’est pas une compréhension dont il a besoin, mais une part de mémorisation liée à l’intériorisation (non nécessairement consciente) d’une pratique.

Avant de se lancer dans une tâche de comparaison et de tenter une « anthropologie de l’intelligence » issue de la machine (!)*, Pascal Picq aurait du faire le détour par le travail d’un philosophe qui s’est penché sur cette question en droite ligne du domaine auquel il a consacré plusieurs dizaines d’années et dont les phrases suivantes pourraient avoir été écrite (cela n’engage que moi) en réponse à ce second essais de Pascal Picq


Un des rôles de la philosophie est de catégoriser l’expérience humaine de façon à réduire le plus possible l’illusion, ou si l’on préfère à trouver les concepts qui vont nous permettre de comprendre notre situation et de mieux guider notre action. Cela amène souvent les philosophes à contredire l’opinion courante. Aujourd’hui cette opinion est propagée par le journalisme et la fiction.

Aussi bien les journalistes que les auteurs de roman ou de série TV présentent les robots ou l’intelligence artificielle comme capable d’autonomie et de conscience, que ce soit dès maintenant ou dans un futur proche. Cette représentation est à mon avis fausse, mais elle fonctionne très bien parce qu’elle joue

* ou bien sur la peur d’être éliminé ou asservi par des machines (sensationnalisme ou récit dystopique),
* ou bien sur l’espoir que l’intelligence artificielle va nous aider magiquement à résoudre tous nos problèmes ou – pire – qu’elle représenterait une espèce plus avancée que l’homme (dans le cas de certaines publicités ou d’utopies naïves).

Dans les deux cas, espoir ou peur, le ressort principal est la passion, l’émotion, et non pas une compréhension exacte de ce que c’est que le traitement automatique de l’information et du rôle qu’il joue dans l’intelligence humaine.

L’article complet
« L’intelligence artificielle va-t-elle prendre le pouvoir? »

Avec notamment


1 – Qu’est-ce que l’intelligence humaine?
2 – Qu’est-ce que l’informatique, ou les machines à traiter l’information?
3 – Est-ce que les machines peuvent devenir autonomes?


*On peut se demander pourquoi les grands singes. Ne retrouve-t-on pas ici l’anthropocentrisme que l’auteur dénonce à de multiples reprise.
De même pour l’anthropologie de la machine !


Une lecture à conseiller à toute personne qui aurait (trop) lu « la planète des singes » et qui est du même auteur, à savoir Pierre Boule :
« Les jeux de l’esprit » où l’auteur « montre » (osons comme monsieur Picq) ce que deviendrait l’espèce humaine si un gouvernement rationnel de la planète était mis en place par un collectif de savant et que celui-ci parvenait à y restaurer la paix et la prospérité.

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