9 Novembre 1977 – Coëtquidan

Jamais la pluie ne m’a semblé aussi complice, aussi agréable qu’hier.

Nous avons été si intimement mêlés toute la journée durant ma randonnée pédestre à travers la lande bretonne que j’en oubliais parfois le contexte
que la tête puisse rentrer dans le shako du saint-cyrien
et les autres
mes compagnons de marche
identiques à moi même
à quelques détails près
dont ce petit carnet.

[à propos de la guerre,
de ses buts, de ses conditions économiques,
de sa mise en oeuvre sur le terrain gras
par celui qui en ignore
les buts et les conditions économiques]

J’ai goûté le silence,
impressionnant
pour qui n’a connu qu’aboiement depuis deux mois,
le calme absolu de la grande salle d’arme froide comme l’acier.


Quarante années plus tard,
je sommeille encore souvent – avec lui – sur le sol humide des terres bretonnes
je blesse encore souvent ma chair aux épineux du Val Sans Retour
dans une forêt de Brocéliande où
dans les marches de nuits
l’uniforme perdait sa couleur, sa texture, ses promesses acides
j’entends encore ces appels lovés dans le silence
lorsque les prairies, les forêts, les villages venaient à notre rencontre
et que dix pas sur cent
nous dormions en marchant.

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