Vases communicants de décembre : « sans titre 1/2 » – Louise Imagine

vasecommunicants Ces vases communicants de novembre, j’accueille Louise Imagine, qui a produit récemment les photographies de « Tu amarres les vagues » (Textes de Sabine Huynh)

Recueil dans lequel ce qu’il y a de plus pur, de plus doux, de plus radieux  (sans privilégier le haut, aux autres direction) dans l’humain, est donné en nuances de gris dans l’image, en noir et blanc au coeur des mots.  

Pour cet échange nous nous sommes donnés mutuellement quelques images, sans aucune consignes particulières, c’est-à-dire qu’elles pouvaient ou non figurer l’écrit, ou l’inspirer.


La montagne était là devant elle, bleutée dans la clarté matinale.

À la fenêtre de cet hôtel trouvé au bord de la nuit dernière.

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Elle avait roulé, avalé les kilomètres, comme on dévale les pentes trop raides et enneigées, grisée mais aussi effrayée par trop de vitesse.

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Elle était partie sans préméditation, avec l’urgence de ce qui vous dépasse et vous transporte.

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Son corps avait fui. Et l’esprit, lui, était encore perdu, confus, quelque part sur la route. Ou plus loin encore.

Mais peu importe.

Il n’y avait rien à regretter.

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À présent, la montagne lui faisait face.

Imposante et sauvage.

Identique à ce que ses rêves en avaient dessiné.

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Familière.

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Les yeux fermés, elle pouvait la sentir. En reconnaître l’odeur et les flancs escarpés.

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Dans le vent qui venait fouetter son visage, puis ravageait les boucles brunes de sa chevelure.

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Jusque dans ses os, érodés par tant d’épreuves et de peurs mortifères.

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Elle la sentait.

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Une puissance insondable, qui l’emplissait toute entière, la dévastait et la reconstruisait.

Quelque chose de tellurique et d’inexplicable, qui coulait en elle comme un ruisseau sauvage, comme le magma incandescent des roches originelles.

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La force dense de l’immuable, de ce qui depuis toujours existe et existera à jamais.

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Ce matin là, bleu comme l’aurore, le premier de ce nouveau mois de ce nouveau calendrier qu’elle comptait bien inventer, la montagne l’attendait.

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Plus rien d’autre ne comptait.

 .

sans-titre-image-p.


Mon texte est sur son site « Il pleuvra demain »


Retrouvez la liste des Vases Communicants du mois ici. 
(Merci à Marie-Noëlle Bertrand : La dilettante)
 « Tiers Livre (http://www.tierslivre.net/) et Scriptopolis (http://www.scriptopolis.fr/) sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

D’autres lieux saisis par l’oeil de Louise Imagine  PASSAGES ALEATOIRES – LA VILLE

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