Présences

[actualisé le 13/07/2016]

présence-3

Elles n’étaient pas assez nombreuses pour plusieurs présences.
Cela diminuait un peu le plaisir
mais la joie du cadeau ainsi offert,
qui jouait des milliers de nuances de couleurs de leur corps
était prodigieuse.
Rare bien sûr,
car la fatigue était grande pour ces petites créatures peu habituées
à ce genre de  prouesse
et puis
elles avaient aussi le travail de la journée.


Le résultat était tout à fait étonnant, la présence semblait réelle, toutes les nuances de l’être disparu étaient rendues par le nuage de ces petits êtres multicolores qui souhaitaient tant apaiser la tristesse de Tamel.


Damouce marchait lentement sur la terre poussiéreuse du sentier qui serpentait entre les arbres. Avec de temps à autres des à-coups, de ces maladresses du corps pleines de cette grâce propres aux tout jeunes enfants dont le pas n’a pas encore été discipliné par la promenade et les intervalles réguliers de la montre.
Tamel reconnaissait son amie, même s’il peinait un peu à saisir la lumière de son regard.
Elle portait une robe légère aux plis froissés par le vent qui lui laissait les bras et le bas des jambes à nu.
Damouce ramassa quelques cailloux, un morceau de mousse sur une pierre, un escargot qu’elle posa délicatement au cœur d’un buisson aux feuilles fraîches, bien à l’écart du chemin, puis elle s’évanouit, se dispersa dans le vol des abeilles.

Ses amies  s’en retournaient à leurs obligations quotidiennes, après avoir offert à Tamel quelques instants de grâce puisés au fond de sa mémoire.
Demain peut-être, pour quelques secondes, elles lui redonneraient la présence d’Archos ou de sa mère.


Essai de lecture du texte

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Le mot c’est l’homme

Le mot c’est l’homme

Chaque fois qu’il arrive, qu’il parvient, qu’il se pose
il perd son parfum, son regard, sa sève
la vie qui l’habite s’enfuit de lui
et laisse un leurre
un spectre
une fausse présence qui claque du bec
donne de la voix
sans voix

Le mot c’est l’homme

Lorsqu’il replie ses ailes
s’achète un lieu pour se poser, se reposer
met pierres les unes sur les autres
en mur, en muret
avec un toit dessus pour écarter l’ami
pour écarter la pluie
et rester bien au sec

Le mot c’est l’homme
Lorsqu’il replie ses ailes le poème est fini.

André Dhôtel …l’archaïque*.

Surgi au beau milieu de toutes ces mécaniques post-modernes en devenir ou en faire-part de naissance, de toutes ces voix dont le destin voulu est de toujours découper (décaper ?), préciser davantage, puis éventuellement recoller le réel, cet adepte du décourci donne encore une chance (la dernière ?**) à la pensée qui refuse de se croire soit absente soit détachée de la peau, de la chair ou du rythme – harmonie et syncope –  des flux liquides qui irriguent le corps.

Archaïque, son œil ne discerne pas les prétendus contours qui définissent les couleurs, les routes, le bien ou le mal, et s’il connaît plus de variétés de champignons que le pharmacien « Monsieur Jacques », c’est davantage pour teinter les pas du promeneur au delà de la précision de son regard que pour cartographier le vivant végétal.

Celui qui écoute la voix douce et lente d’André Dhôtel, celui qui ose couler son esprit dans le relief des graves, fluides et suaves, celui qui ne s’arrête pas aux apparentes contradictions des mots, ou aux étonnantes précisions responsables parfois de subtiles dissonances dans l’accord dominant du récit, celui-là retrouve le chemin, la lisière, du paradis terrestre.

Non pas ce lieu fade et plat, usé par des milliers d’années de lectures bibliques, mais ce monde sans bord, tant pour l’œil que pour la pensée, à l’extrême opposé d’un réel en numérisation continue – c’est-à-dire en disparition – monde où la forme seule subsiste, devenue quantité.

André Dhôtel est l’artisan et le protecteur d’une arche-clairière, dernier lieu émergeant d’un déluge à venir, sur une ville planétaire qui se nourrit des pleurs et des peines de ses faubourgs, une arche-clairière où l’on peut encore respirer des lèvres et du regard des « rues dans l’aurore ».

* Archange Laïque ?

** bien sur que non … puisque tu es encore là à lire ce texte.

La combe

Une combe au corps de marnes sombres.

Si Lélio vivait dans le temps d’un ange, certainement il les verrait couler, vivre. Mais là elles ont l’air épuisées, à l’agonie, presque mortes.

Et s’il se disait alors quelque chose, à lui-même, à la manière dont on regarde son image dans un miroir, s’il réfléchissait à propos de ces chairs immobiles, il y aurait certainement des vitesses, des températures, des masses que son esprit mesurerait et lui renverrait, et qui recouvrirait ce qu’il voit de la combe.

Mais Lélio se garde bien de réfléchir ainsi. Du moins tant que l’esprit de la combe ne sera pas venu à sa rencontre, que son pas ne l’aura foulé, après même quelques chutes, occasion de se mêler à ces leurres de terre à cette peau que le soleil a durci, craquelée, aux quelques taches vertes qui s’y accrochent, malgré tout.

Alors, alors seulement il osera penser la combe. Et son corps de marnes sombres.

Un dimanche pluvieux

– Que fais tu aujourd’hui ?

– Je vais au musée avec le gamin. Et toi ?

– Moi aussi je vais faire un tour au cimetière.

– quoi ?

– Voir le pépé Alphonse.
J’y vais chaque fois que ma femme m’a pris le choux à propos d’un truc dont, après dix minutes de déluge, je ne me souviens plus.

– Ok, mais qu’est-ce que tu veux dire avec ton « moi aussi ? »

– Ben ! C’est pas la même chose ? Un musée … un cimetière …

– C’est vrai, y a des points communs … mais tout de même !

(boite en calcium sollicitée à plein régime … ampoule qui s’allume)

Tiens ! Essaye voir d’accrocher ton pépé Alphonse au milieu du salon.

– …

– Ça m’étonnerait qu’il reprenne de la vaillance.
Par contre je suis sur que la Mona Lisa, son sourire, il retrouverait un petit peu de vie.

– T’as pas tort … T’as pas tout-fait raison, mais t’as pas tort.
(quelques secondes vides, genre intervalle de temps insoutenable à la radio)

J’aimerais bien avoir l’Olympia sur un mur de la cuisine !


– Alors ça te plait mon Lulu ?

pyramides

– Je connais !
On a vu les pyramides avec le prof d’histoire.
C’était des gens très riches et très puissants qui étaient mis à l’intérieur, avec tous ce qu’ils avaient.

– (…)

– Dis papa, c’est qui qui est enterré ici ?