L’échelle des anges – page 120

L'échelle des anges page 120

( – Lélio, tu devrais raturer un peu tes ajouts.
Avais-tu oublié, quand tu écrivais cela, (avec des mots d’ailleurs) qu’il a des « voyageurs immobiles« .
– Je refuse les miracles ! … des autres, ceux que je n’ai pas dans mon assiette.
D’ailleurs, l’autre, le gamin des Ardennes, quand il a vu qu’il écrivait plus qu’il ne vivait
tu te souviens de ce qu’il a fait !?)

 

L’échelle des anges – 5 – (page 19)

Blanche était aveugle.

L’instant de sa venue au monde l’avait ébloui au point d’imprimer définitivement cet éblouissement sur sa rétine.

Ainsi, pour tous ceux qui ne comprenaient pas le sens de son sourire doux, à la respiration lente, toujours présent sur ses lèvres, Blanche était aveugle.

D’autres, en petit nombre, plus proche d’elle, capables de silence, avaient fini par percevoir une réalité tout autre
Blanche avait vu
en un seul regard
par la fenêtre de la chambre où sa mère avait été délivrée d’elle
ce que toute une vie ne suffirait à leur faire effleurer.

Et elle passait le reste de sa vie à s’en nourrir, à s’en réjouir
à en pleurer.

par la fenêtre de sa naissance-

L’échelle des anges – 3 – (page 13)

vitrine

Briser toutes les vitrines


verre poli-

Parce qu’elles sont transparence
et prétendent  nous dévoiler l’intérieur d’un monde

Parce qu’elles nous renvoient un peu de notre vie
de cette lumière qui aurait dû s’éloigner
et  nous permettre de vivre, de respirer, d’attendre, d’écouter
l’autre qui aurait pris sa place.

verre poli

Rompre les vitres

Parce que leur surface est une idée
claire et lisse,
propre à tromper l’enfant
tous les enfants.


Fracasser les vitrines, les carreaux, les miroirs
et rejeter leurs corps brisés à la mer.

verre à la mer-

L’échelle des anges – 1 – (page 9)

Même si elle te semblera parfois l’embraser tout entier, La douleur physique ne te prendra qu’une partie du corps.
Comme un maître qui corrige, puni ou rabaisse l’élève.

Une autre douleur, plus intime, contre laquelle la crispation des poings, des dents, la projection du regard loin vers l’horizon ne peut rien, est semblable au maître explicateur qui force les défenses de l’être profond et retourne les chairs de l’intérieur.


le mat-

Petit Claude avait appris à ne rien montrer de sa pensée.

Chaque fois que le parfum si caractéristique des mots en trame fine, des mots en filet d’acier, des mots domestiqués parvenait à ses narines, il éteignait les lumières et son œil prenait alors l’aspect d’une grange en ruine qui n’aurait pas même vu un vagabond, un chien ou un chat égaré depuis des lustres.

Alors, sans hâter le pas ni le ralentir, plus gris que la tristesse sans  la perte, il traversait ces lieux d’où à chaque instant pouvaient jaillir le terrible « même », tranchant comme la justice et contagieux comme la peste.

Ce n’est que loin, très loin en temps et en pas, de la menace, que, sans se retourner, il osait assouplir ses membres, les laisser à nouveau danser dans l’espace, et laisser à nouveau la lueur se glisser entre ces cils.

L’échelle des anges – 0 –

Il n’y a pas de hiérarchie plus impitoyable
qu’au dernier barreau de l’échelle.

L’œil naïf croit y voir

dernier étage       la plateforme qui surplombe le monde
d’une horizontalité parfaite matérialisant
l’égalité absolue de tous ceux qui l’on atteinte
et qui l’habitent exclusivement
même lorsqu’ils paraissent se hasarder aux échelons inférieurs
alors même que les castes y sont
plus que partout ailleurs
d’une précision et d’un poids absolus

Leur contour a simplement disparu du visible
et
chez chacun de ceux qui résident en cette extrémité de tout
le calcaire a envahit le sang et les chairs
l’être y est transformé en pierre.