L’avion est un petit oiseau

Cela vient à chaque fois en même temps que l’envie de poésie.

Bien sur, je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite.
Au début je prenais l’un pour l’autre :
Cyrano préparait une lettre d’amour et le bellâtre la récitait.

Ainsi j’ai longtemps cru que ma joie venait du poème, de cette irruption du mot en ses  beaux atours qui suivait plus ou moins proche d’elle, cette tension des peaux
– propre à faire venir la clarté –
celle du dos de la main
celle qui tapisse la paroi interne du cœur
ou celle du scribe
– cet esclave qui transcrit sur ordre le chant de leur désir et qui, toujours, trahit un peu, tant est grand son appétit de pouvoir –
cette tension que je vivais dans l’impatience
sans comprendre qu’elle était la source même de mon plaisir.

Depuis peu je sais qu’il me faut renverser les apparences.

Poésie-1111

Le poème n’est que la trace d’un pas sur le chemin, l’indice d’une présence passée.
Lorsque les mots viennent à s’écouler de la plume, je sais que « ça » n’est plus là.
L’haleine chaude a disparu, mes tempes ne sont plus maintenues comme par un mélange d’amitié et de crainte, le châle d’une amante ou les fers de la captivité.

Pourtant, il reste un peu de cette présence dans la forme des vers,
le déséquilibre harmonieux de certaines consonnes et même dans l’espace qui s’ouvre lorsque le texte se referme.

Mais cela est si peu comparé à cette brûlure qui traverse mon corps juste avant que la plume ne se libère en des rondeurs pensées.

Un jour
quand je saurai les paroles
dont autant la couleur que le contour n’est que silence
alors je n’aurais plus besoin du poème
pour voler.

(ni de mes chairs pour exister)

___

* étymologiquement valide

Terre

 

 

Un peu d’herbe
   A la jointure des dalles
Pousse, s’étrangle et meurt
  Et se donne
     Cadavre, poussière
   Pour un peu de terre

Et peu importe
         Que ce soit dans un ou mille ans
Lors d’un autre printemps
  Un peu de ces fleurs
      Qui rayonnent de la joie du vivant
 Sur un tapis de verdure
Liront la caresse du vent

 

Lenturies XVII

(Lélio Lacaille, environné soudainement d’un vol d’étourdis à plumes, émerveillé par l’unicité de ce grand corps mouvant aux virevoltes imprévisibles, sentit sa caverne traversée par les deux silences* dont parle Maurice de Thaelm dans son traité du même nom .
Libéré de ceux-ci après trois mois de vol virtuel en cette bruyante compagnie**, il écrivit le dix septième quatrain de ses Lenturies
)

****

poeme-epars-pille-cahier


(cliquer pour Entrevoir le poème en vol)
poeme-epars-pille

___

* « ….. » & « ….. »

** Chacun sait qu’il n’y a rien de plus bruyant que ce double silence.

Lenturies XVI

(Lélio Lacaille, constata, en prime matin d’automne, le résultat du passage d’un groupe conséquent de sangliers. Le ravage causé au peu d’herbe qui avait résisté à l’été, et la concentration exclusive de matière fécale en un lieu élu par l’alchimie animale, fit en lui s’étirer brièvement ces deux silences* dont parle Maurice de Thaelm dans son traité du même nom .
Au creux de ceux-ci naquit le seizième quatrain de ses Lenturies**
)

quatre-chenes

___

* « ….. » & « ….. »

** Le rapprochement avec la « tour abolie » n’est pas totalement infondé.


Quatre chênes racines nouées
en terre vive en grand secret
Tissent dans les eaux souterraines
l’étoffe ardente des regrets.

JEAI (co∞*)- D’après Anna Jouy – « Je et autres intimités »

[Merci à Anna Jouy de m’avoir autorisé (et même encouragé) à diffuser ce poème
compression d’une oeuvre publiée

Rien partout
– tu le sais du matin –
ne t’inquiète les sens
jamais rien

Tout tient
dans les yeux
rien de ce qui se dit
sous les paupières
dans le coin de chair
ne m’attend
où tu niches tes départs

Un reste une défaite la tristesse
et le poids des heures
c’est ainsi
une ultime légèreté suffit de toi
avec un peu de distance
jusqu’au cœur

Une à une les anciennes empreintes
ces rugosités de la chair
passent
quelques désirs ondulent un peu désespérément
encore



Un groupe de mots pris sur chacun des poèmes du recueil
« je et autres intimités, les dits de solitude» de Anna Jouy

aux éditions qazaq (Jan Doets)


Proposition de lecture :

*(co∞ = Cut-Off total d’une oeuvre ) 

Eric Dubois (Vase communicant de Mai)

vasecommunicants Ces vases communicants de mai j’accueille Eric Dubois dont la poésie vivante s’est déjà déposée dans de nombreux recueils (voir biblio*).
Nous avons eu à plusieurs reprises, comme disent les anglais « A rendez-vous-manqué »
finalement nos textes ont fini par se croiser et le poème du fondateur du « Capital des mots », par se déposer chez Lélio Lacaille. Ce dernier m’a dit (d’outre tombe) qu’il en était heureux.

L’aube grise
l’escalier
 .
Le soleil
en suspension
 .
Traverse
l’écho
 .
Qui mène
à l’étage
 .
Dans le ciel
se noie
 .
Se répète
inlassablement
 .
Et dessine
des nuages
 .
 .
Où attendent
des convives
 .
Disparaîtra
un jour
 .
Echo  
des questions
 .
Que le jour
formule
 .
Des montagnes
des vallées
 .
 .
Assoiffés de fêtes
et de nuit
 .
Ils cassent le cristal
 .
Voyageurs
de l’immobile
 .
 .
Et il y a encore
cet escalier
 .
Et toutes
ces marches
 .
Le soleil
toujours là
 .
 .
Qui troue
l’aube grise
 .
 .
La nuit
recommence
 .
Dans les esprits
alcoolisés
 .
Petit matin
un peu frais
 .
 .
Les convives
reprennent
 .
Leurs voitures
et leurs habitudes
 .
 .
 .
Mai 2016
 .
ERIC DUBOIS

Eric Dubois est né en 1966 à Paris. Auteur de plusieurs ouvrages de poésie aux éditions Le Manuscrit, Encres Vives, Hélices, l’Harmattan, Publie.net, Unicité. Responsable de la revue littéraire en ligne « Le Capital des Mots ». Blogueur : « Les tribulations d’Eric Dubois, journal  ». Chroniqueur et co-animateur dans l’émission « Le lire et le dire » sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 fm Paris) depuis 2010.
 .
Dernier livre paru ( en 2016 ) : « Chaque pas est une séquence » aux éditions Unicité.
 .

Mon texte est sur son espace virtuel dédié en particulier à la poésie
http://ericdubois.net « Les tribulations d’Eric Dubois »

ICI


L’ensemble des vases communicants de Mai 
Merci à Marie-Noëlle Bertrand

[peauâme]

Enfant qui danse-L’existence est une poésie à contraintes

l’une d’entre elle est le corps

une autre l’esprit

comme en poésie elles aident à produire du beau.

 

___
La terre ne résiste pas sous le pied de l’enfant
elle l’accompagne
se matérialise à chaque endroit où il se pose
ami qui anticipe et qui prévient le faux pas
où le provoque
pour cette joie des corps qui se touchent
et des âmes qui s’abouchent
ce n’est que bien plus tard
que l’on nommera « accident » la chute.

Poème