Lenturies – XIV –

(Lélio Lacaille, accusé de détourner les sources, les consciences, les âmes fragiles et la conversation se retourna quelque temps en lui-même, il y trouva l’un des deux silences* propice à l’écriture qui lui fit écrire quelques quatrains, réunis par la suite sous le nom de Lenturies.
Celui-ci est le quatorzième. **)


XII

Se réclamant du bois on le fera bûcher
affirmant haut sa foi on le fera tomber
Il brûlera les uns qu’il désirait amis
Et baisera les pieds de ses pires ennemis

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* « ……. » & « ……. »
** Tout autre récit, y compris de ma main, qui prétendrait cela serait un faux à détruire sur le champ. Sur papier ou sur écran.

banquet

L’ami monde
vaste et chaud comme fourrure d’un ours
jetée sur la couche
son chant te prend à la fois
l’oreille et le cœur
te rapporte de grands morceaux du paysage
et c’est banquet
d’écouter, humer, boire
tout ce qui de cette gerbe
en fleur, en averse de neige ou de sable fin
vient te traverser le corps
de bord en bord
être là
à attendre que cela vienne
parce que tout est possible
si tu te tiens au creux des mains
de l’ami monde

A présent … il pouvait dormir tranquille

Il était enfermé. Quelqu’un l’avait enfermé.

Il lui avait fallu faire l’inventaire des possibles pour finir par comprendre qu’il se trouvait dans le pétrin, élément de décoration préféré de sa femme, et de la salle à manger.

Enfermé. Et malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à faire bouger le plateau d’un millimètre.

Étendu, comme dans un cercueil, il se demandait comment il en était arrivé là. Aucun de ses souvenirs ne le conduisait à l’intérieur de ce caisson en bois où il pouvait à peine remuer les bras et les jambes.

Aucun Bruit. Ni au-dedans, ni au-dehors.
Si ! On grattait ! Quelqu’un, quelque chose grattait et cela produisait un petit bruit. Régulier, mais si faible qu’il lui avait fallu faire silence en ses pensées pour l’entendre vraiment, pour ne plus en douter.

Mais à présent, ce grattement ou plutôt ce grignotement emplissait toute sa tête et avait fini par commander au rythme des battements de son cœur.

Ce grignotement … Il lui rappelait quelque chose. Cela, il en était certain, mais sans pour cela parvenir à saisir cette chose.

Les minutes, les heures peut-être s’écoulèrent. Et soudain une image se fit dans sa nuit : celle d’un petit insecte, une abeille sombre et velue, s’envolant d’une des poutres de la toiture couvrant la terrasse.

Tout près de lui, une abeille charpentière grignotait le plateau en tilleul, vieux de plusieurs siècles qui condamnait sa tombe.

Il refusa de s’en étonner. Il avait une compagnie, une amie, une alliée. Elle œuvrait pour lui et, bientôt, il serait libre.

A présent, il pouvait dormir tranquille. C’était certain, il allait sortir de ce pétrin.