Cellule 37 – Poème 3

Tel Que l'eau-b
Tel
Que l’eau
N’aurait pu
Mieux caresser
Tous ces lieux de peau
qui sont plaisir
quand le feu
les prend
Tel

 

 


Une lecture possible

Dire du beau, dire du bien – les quatre éléments – [Essaie encore …]

La grande implosion - ThuillierPartout, se lit, se dit, s’entend, se voit le désenchantement. L’âme est morose et entretient cet état par la nature même des mets qu’elle absorbe.
Il faudrait décréter la nécessaire parité des annonces positives et négatives pour maintenir la tête, de temps à autre, l’espace d’une respiration, hors de l’eau.
Prends ta plume Lélio me dit une petite voix intérieure et participe à l’ouverture du chemin.
Je prends, je prends …
mais cela s’avère plus difficile que je ne le pensais.


[Dire du beau, dire du bien, dire du beau, dire du bien, dire du beau, dire du bien, … !!!!]
La terre se meurt, la Terre et la terre, les vers n’en peuvent plus, n’en veulent plus, nos corps non plus qu’on les lui refuse en les incinérant pour ne pas les savoir corrompus, avalés, recyclés. La Terre n’est plus qu’une terre en attendant mieux, en attendant celle que les yeux gourmands de nos télescopes chassent dans les grands espaces. La Terre est dépassée par nos événements, probablement.

[Dire du beau, dire du bien, dire du beau, dire du bien, dire du beau, dire du bien…!!!]
L’air se trouble, l’air n’en a plus vraiment l’air, traversé de tunnels en tous sens, appauvri en ce qui soutient la vie, enrichi de tout ce qui obscurcit le ciel et fait tousser l’homme qui se risque au dehors. L’air voit ses transports s’accélérer, ses vents s’emballent, s’enragent en tourbillons imprévisibles et destructeurs.

[Dire du beau, dire du bien, dire du beau, dire du bien, …!!]
Le feu partout dévore. En combustion lente, en brasier contenus, en incendies. Là où on le croit prisonnier, docile, dompté, il cache sa colère et ses dévastations futures dans ses déchets. Il est aussi dans les cœurs, les esprits, les chairs qui réclament elles-mêmes sa brûlure, sa marque.

Dire du beau, dire du bien, …
L’eau des sources désaltère toujours autant et sa caresse enchante encore nos lèvres … pour un temps.

 Brumes - 2


Brumes - 2 eau

Un café

Elle marche lentement sur le trottoir, tirée en arrière par son sac à dos, trop lourd pour les déambulations citadines.

Elle débouche sur la place, la petite place qui sépare Tours l’ancienne, de la nouvelle, et s’assied sur un banc en quart-cercle qui épouse le tronc d’un immense marronnier.
Boire un café ! Depuis plus de deux heures cette pensée est le fil rouge, le fond musical de sa marche.

Profitant du soleil entre deux averses, les Tourangeaux boivent négligemment, insolemment, café,  jus de fruit, bière.
Le parfum du café l’enveloppe.

Cherchant en ses souvenirs d’enfant, une pub télévisée évocatrice, elle ferme les yeux. Mais son corps refuse le virtuel.
Elle crève de faim et de soif. L’eau des fontaines est partout signalée « non potable ».
La délicieuse âpreté du café masque tous les parfums et s’alourdit de l’air qui se couvre de nuées sombres.
Il va encore pleuvoir ! Pas d’église où s’abriter ! Dans ses yeux, le banc qui entoure l’arbre se couvre d’étoiles brunes.

Elle se lève. Sous les auvents, les clients, satisfaits, regardent sans la voir, cette fille qui se laisse tremper.
Un café ! Un café ! .
La place est sombre, teintée des nuances bleues de l’orage.

Un café !
La voilà qui s’avance vers le bar le plus peuplé, presqu’à l’angle de la place. Avec autant de désinvolture que son corps le lui permet, elle s’assied et attend le garçon. L’odeur du café froid, servi depuis des heures, imprègne les lieux. Lorsque le serveur arrive, elle demande, en murmurant, avec difficulté: « un verre d’eau, s’il vous plaît ». Le garçon parcourt les tables, essuyant ici ou là les traces laissées par les clients. Elle attend avec anxiété. Et le voilà qui revient, avec  un plateau chargé. Devant elle, il dispose un café, un verre d’eau et une coupelle avec la note.
Stupéfaite, elle n’ose rien dire, boit son café, les yeux clos sur cette goutte de bonheur, laissant s’apprivoiser le temps entre chaque gorgée. Elle repose la tasse vide, fait jouer l’eau dans le verre en le tournant entre ses doigts, pendant que la pluie tambourine au-dessus de sa tête puis se saisit de la note qu’elle parcourt plusieurs fois sans rien en retenir du regard.
Moment de paix.

Elle se décide.
Lentement, elle ajuste bretelles et capuche, se lève, et se dirige vers le coin de la place tout proche. Dès qu’elle a tourné la rue, elle prend ses jambes à son cou et disparaît du côté de la ville neuve, là où ceux là ne risquent pas de la retrouver.

Sur les lèvres elle a encore le goût d’Un café !