Passage

Un peu d’eau est tombée sur le jardin.
Les roses ont vaillamment résisté. A peine quelques pétales défraîchis aux couleurs déjà fort pâles, parsèment l’allée centrale et ses abords.
Quelques cerises translucides piègent encore cette lumière en boule qui émane du ventre des nuages.

Tout comme le vieux rosier jaune, le cœur à nu, fixé par quelques solides liens au mur de la cabane à outils et donc la moitié au moins des bras sont desséchés, Jean se sent las.
Pourtant il n’a jamais autant senti la vie dans son corps.
Aujourd’hui la fatigue douleur a gagné l’épaule droite et une partie du bras.
Aiguë, lourde comme une main qui agirait sur les chairs sans faire un mouvement, en irradiant par simple contact les muscles devenus incapables de se relâcher totalement, même si, en apparence …

Jean se sent las.
Et cette lassitude se répand hors de lui, et semble transfigurer le jardin qu’il voit baigné d’une clarté que piège chaque goutte en suspens.

Bientôt, le corps de Jean sera tout le jardin.