Pour Vivre Ici – Eluard

Le vent passe en mes branches mortes - Eluard-3

L’extrait qui a servi (un mot par vers) ici
est chez Marie-Christine Grimard : Photo du jour : Hommage à Eluard

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CELA

araignéeCette araignée qui se tient immobile à mes yeux dans un des coins du plafond, parce qu’elle pense ainsi éviter le coup de grâce, mais aussi pour ne pas effrayer une potentielle proie, cette araignée, je vois bien en quoi sa présence est profitable à tout cela, à Cette Matière qui se cherche une issue, ou tout du moins un voyage, du paysage sur son corps, à cet univers où nous barbotons tous.
Cette araignée joue le jeu, elle travaille. L’insecte qu’elle attrapera dans sa toile, qu’elle figera avant de le dévorer vif, cet insecte, l’alchimie au cœur des organes de son bourreau la transformera en un liquide plus noble. Chaque jour des milliers de milliards d’araignées travaillent ainsi, cornues vivantes à la pierre philosophale. Et il en de même pour tous les êtres vivants, visibles ou invisibles qui nous entourent.

Mais moi ? Et la multitude de ceux auxquels a été retiré tout instrument, tout accès à l’œuvre pourquoi tout Cela accepte-t-il encore notre présence ?

Serait-ce qu’un des actes conscients ou inconscients de mon quotidien sert son dessein, sa pente ?

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Yeux-plafond aussi bien issue à tous
Toile au liquide pierre invisible
La présence
serait pente.

La combe

Une combe au corps de marnes sombres.

Si Lélio vivait dans le temps d’un ange, certainement il les verrait couler, vivre. Mais là elles ont l’air épuisées, à l’agonie, presque mortes.

Et s’il se disait alors quelque chose, à lui-même, à la manière dont on regarde son image dans un miroir, s’il réfléchissait à propos de ces chairs immobiles, il y aurait certainement des vitesses, des températures, des masses que son esprit mesurerait et lui renverrait, et qui recouvrirait ce qu’il voit de la combe.

Mais Lélio se garde bien de réfléchir ainsi. Du moins tant que l’esprit de la combe ne sera pas venu à sa rencontre, que son pas ne l’aura foulé, après même quelques chutes, occasion de se mêler à ces leurres de terre à cette peau que le soleil a durci, craquelée, aux quelques taches vertes qui s’y accrochent, malgré tout.

Alors, alors seulement il osera penser la combe. Et son corps de marnes sombres.