Et … 5

Et le silence
comme un grand morceau de drap
épais
un bol de lait aux bords larges
rond sous les lèvres
un épis de blé oublié après le passage de la moisson
en sa machine pesante
La lune se lève
toute enveloppée de vapeurs
la terre et les broussailles se confondent
les pierres du chemin guettent leur proie.
Et
le silence.

Halte

Posé
peu importe où
près d’un lieu tout rempli du souffle des vivants
je fais provision de silence
dans le bruit des tasses et des verres
des mots qui se croisent en nuages

La lumière peut s’appuyer sur mon épaule
au gré des éclaircies d’automne (et des averses lumineuses)
le trou que mon regard déchire devant moi
aspire la ville et ses passants
dans le vide affamé de mes rêves

Bientôt tous mes fantômes
auront repris leur place auprès de moi.

A présent … il pouvait dormir tranquille

Il était enfermé. Quelqu’un l’avait enfermé.

Il lui avait fallu faire l’inventaire des possibles pour finir par comprendre qu’il se trouvait dans le pétrin, élément de décoration préféré de sa femme, et de la salle à manger.

Enfermé. Et malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à faire bouger le plateau d’un millimètre.

Étendu, comme dans un cercueil, il se demandait comment il en était arrivé là. Aucun de ses souvenirs ne le conduisait à l’intérieur de ce caisson en bois où il pouvait à peine remuer les bras et les jambes.

Aucun Bruit. Ni au-dedans, ni au-dehors.
Si ! On grattait ! Quelqu’un, quelque chose grattait et cela produisait un petit bruit. Régulier, mais si faible qu’il lui avait fallu faire silence en ses pensées pour l’entendre vraiment, pour ne plus en douter.

Mais à présent, ce grattement ou plutôt ce grignotement emplissait toute sa tête et avait fini par commander au rythme des battements de son cœur.

Ce grignotement … Il lui rappelait quelque chose. Cela, il en était certain, mais sans pour cela parvenir à saisir cette chose.

Les minutes, les heures peut-être s’écoulèrent. Et soudain une image se fit dans sa nuit : celle d’un petit insecte, une abeille sombre et velue, s’envolant d’une des poutres de la toiture couvrant la terrasse.

Tout près de lui, une abeille charpentière grignotait le plateau en tilleul, vieux de plusieurs siècles qui condamnait sa tombe.

Il refusa de s’en étonner. Il avait une compagnie, une amie, une alliée. Elle œuvrait pour lui et, bientôt, il serait libre.

A présent, il pouvait dormir tranquille. C’était certain, il allait sortir de ce pétrin.