L’horloge et ce qu’elle fait de nous – Lewis Mumford 1934

Afficher l'image d'origineIl y a plus de quatre vingt ans, Lewis Mumford, qui n’était pas alors aussi méfiant vis-à-vis de la machine* qu’il l’a été par la suite (notamment après Hiroshima) écrivait ce texte dans lequel il évoque l’apparition de l’horloge. Cet outil à mathématiser notre perception du temps, qui « produit«  (c’est le terme qui convient) « les heures, les minutes et les secondes« .

(J’ai bien sur pensé à la production actuelle (mots** … et le reste) de Laurent Grisel)

A la marge (de la marge, de …) ce texte donne la mesure de la petite phrase*** de Séguela
à propos de cet objet qui consacre si bien celle de Benjamin Franklin « le temps c’est de l’argent « , puisqu’il y fusionne les deux termes en un seul mot.

 

_
* Et donc moins susceptible d’être taxé d’anti-technique  et de rétrograde.
** « Le monde est sans intention, le monde est sensible »
***  » Si à cinquante ans on n’a pas une rolex, c’est qu’on a quand même raté ta vie.« 

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MES-ALLIANCE

Il y eut un temps
où même les objets
jugèrent les hommes si mauvais
que
bravant les lois aux quelles
depuis la création du monde
ils consentaient d’obéir
[en sacrifiant ainsi à la mort perpétuelle]
la plupart se mirent à nuire au genre humain.

Ainsi par exemple
un grand nombre d’accidents de la route
furent provoqués par
le mensonge délibéré
de la partie réfléchissante des rétroviseurs
floutant – parfois même gommant totalement –
la silhouette d’un véhicule
dont le dépassement promettait l’impact.

rétroviseur

—-
La source de l’image confirme la mauvaise opinion du dit rétroviseur

non pas …

Quelques pas vers l’étang
Les mains inutilesreflet-0
vides le long des jambes
Et la lueur lointaine
eau et feu mêlés
Pas d’impatience
(la pierre)
Monde est le chemin
sous nos branches dépouillées

Le pied ne bouge pas
mais qu’importe !
ici rien du temps
le regard seul emporte
quelques pas vers l’étang.

UNE VOITURE (FORT) IMPROBABLE –

UNE VOITURE FORT IMPORBABLE-letc3

– Passe donc me chercher dans ton cabriolet. Dit-elle en souriant.

Voilà qui était prendre un risque inconsidéré.

Pourtant, elle l’avait déjà aperçu, cet assemblage aux formes chaotiques, entre l’à peine usiné et le presque détruit, qui me sert d’ordinaire à me transporter d’un lieu à un autre, le plus souvent sans raison valable – comme tout le reste de ce qui m’agit.
Il est vrai que de l’extérieur la chose devait faire un peu moins peur.
Tout de même, l’absence de portière du côté passager n’était pas faite pour inciter à l’auto stop – le mot « auto » étant ici un peu usurpé –
Pas plus d’ailleurs que ces milliers de trous de la taille d’une pièce d’un euro, présents sur toutes les pièces de carrosserie, et qui, pour peu qu’on n’y réfléchisse un peu nuisaient fortement à la cohérence d’ensemble du véhicule.
Pourtant, c’est bien ce que j’entendis ébahi, que Blanche me jeta dans l’oreille, un jour que, sans trop y croire, je lui proposais la ballade.
Dans ma tête, il ne pouvait bien sur s’agir que d’une lente progression pédestre, à travers la campagne. Une promenade, qui se serait bien évidemment interrompue momentanément en un lieu moelleux et protecteur où Blanche aurait pu écouter dans des conditions propices à l’abandon, tout ce que je conservais depuis si longtemps de « compliments » à son propos.
Comment aurais-je pu croire un seul instant qu’elle aurait pris ma demande comme une invite à l’aventure à côté de moi dans cet objet déjà tout à la ressemblance de l’accident que nous ne manquerions pas d’avoir en réunissant dans un même lieu, cette presqu’auto, une créature à vous vider le cerveau, et un conducteur dont la fragilité extrême se trouverait assurément avivée par une proximité inespérée.
Tant pis, même si ce devait être le dernier acte de ma vie, je ne pouvais me défiler.

Blanche était … tout en blanc.
En fait sa vêture ne comportait qu’une seule pièce de tissus, une petite robe d’été tenue par un lacet à la taille – une forme de provocation pour quelqu’un qui comme moi ne supportait pas les nœuds et les emprisonnements.
J’hésitais une dernière fois devant un sourire que j’avais peur de voir disparaître lors des premiers hoquets de ma tôle roulante.
Finalement, je l’invitai à prendre place à côté de moi et, lorsqu’elle se fut installée sur le siège que j’avais restauré à grand peine ces derniers jours, j’accrochai à sa droite une embrasse prise à l’un des rideaux de mon salon, symbolisant la portière manquante.
Blanche était … Blanche.
Ravissante, lumineuse, je la voyais délicate comme une scabieuse, et pourtant je savais bien qu’elle pouvait être définitive autant qu’une grille de prison pour peu que son caprice en ait décidé ainsi.

Au bord du canal, tous les défauts de mon véhicule disparaissaient. Grâce au chemin ne permettant pas de rouler au delà de 20 km/h, aux gros cailloux qu’il faillait contourner, ou sur lesquels nous devions passer en ralentissant au maximum, aux grandes flaques d’eau que le soleil pourtant très vif de ces derniers jours n’était pas parvenu à boire tout à fait et dans lesquelles je roulais au pas avec une joie d’enfant.
Blanche paraissait, elle aussi apprécier. Le sourire n’avait pas fuit son visage et moi, j’étais aux anges, le cœur gonflé de cette félicité capable de faire oublier, tout ce que notre esprit éduqué produit entre, ce qui serait l’espace et ce qui serait le temps.

Nous étions revenus à notre point de départ.
Bien sur, je n’avais pas été jusqu’au bout de mon projet initial. Mais la promesse est toujours plus riche que tout cadeau déballé, et je préférais conserver se trouble délicieux au côté gauche. Il y aurait d’autre promenade…

Décrochant délicatement l’attache de l’embrasse, je tendis la main à ma compagne de quelques heures.
Albertine augmenta l’intensité de son sourire, se laissa aller vers l’extérieur de la voiture, où je l’invitai, fit un geste imperceptible qui eu pour effet de faire voler dans un mouvement d’une grâce infinie sa robe multicolore.
Comme elle était belle !
Avais-je jamais été aussi épris d’une femme ?

Clémence s’en retournait chez elle. Pivotant pour me faire un petit geste de la main elle joua de sa chevelure rousse qui ondula encore longtemps après qu’elle se soit retournée.
La promenade avait était pur bonheur.