Vapèr I

Vapèr 01-

Sous le silence
murmure au creux des pierres mousses

Presqu’une main ouverte
paume blanche
lignes profondes

Peut-être une racine

La terre s’est retirée
et sa force noueuse
courbes douces et cruelles à la fois
voit la brume
sous les étoiles

Les arbres n’ont pas de ruine

Lenturies XI

(Lélio Lacaille, après deux mois de retraite dans un placard, dans le but d’échapper aux lois de confinement – lesquelles visaient à donner un temps de répit à la gente animale, aux forêts, et à l’atmosphère de la planète – glissa la tête au dehors et fut saisi par la beauté de la toile qu’une araignée avait tissée dans l’encadrement d’une fenêtre.
C’est à cette occasion qu’il écrivit ce quatrain des Lenturies dont le numéro correspond intimement avec celui-ci.)

Lenturies XI

 


Couronne    Franc   pays    teintera    en    moitié

Au  premier  saint  glacé  du  joli  mois  de  may.

Des contrée fort marries d’être couleur de sang

Feront un fort boucan à l’huis des gouvernants.

 


Maurice de Thaelm a proposé, un peu à la manière des commentaires de Jean Richer, concernant le poème El Desdichado (Nerval) dans « les cahiers du sud« , quelques pistes pour ce 41*
Couronne : (corona) Pourrait être en rapport avec un maléfice qui s’empara des esprits et des chairs et ravagea la planète dans un temps lointain.
Saint glacé : On peut y voir une correspondance avec un jour de mai où le froid, avant le grand réchauffement climatique, faisait souvent un retour en force, au grand détriment des arbres fruitiers.
Marries : Vocable archaïque en rapport avec une grande contrariété (Dictionnaire Lachâtre  Tome II … ne pas le chercher dans le musée de l’internet « Gallica » il semblerait que ce second tome ait été subtilisé par un opérateur qui a mis en ligne, en place de celui-ci, une copie du premier tome (il y aurait eu un signalement de cette disparition au début du XXIème siècle, mais sans effet. Cela n’a, semble-t-il, gêné personne)
L’huis : Mot disparu, désignant une porte. Il semble qu’ici il y ait une allusion au Premier Français d’une longue lignée d’homme (à la prétention) solaire. Celui-ci était roi, un autre fut empereur, … il y eut aussi un général, etc.
Boucan : Ce mot désigne un feu, une fête bruyante, originellement de pirates des Caraïbes. Particulièrement utilisé en Haïti, il peut avoir été utilisé par Lélio Lacaille (voir ses origines) en référence à l’un des personnages cités plus haut qui n’a su que par traîtrise endiguer une menace à sa toute puissance, « Louverture » espérée par le peuple depuis sa réduction à n’être que le peuple. Louverture que n’attendent plus les peuples depuis que nous habitons sous la surface de la terre.


*Lorsque 4 vers ne font qu’1

L’ami retrouvé, dans les ruelles …du sud

L’ami en question est un texte
Le sud, est celui des cahiers du sud de Mars-Avril 1945, *

L'ami retrouvé (texte)2
ces ruelles sont, ces marges dans lesquelles j’ai souvent écrit un texte court, lorsque – à défaut de papier et ne faisant pas confiance à une mémoire à tiroirs dont je perdais et perds de plus en plus souvent, la clé – généreusement, l’esprit qui plane sur nos têtes traversait la mienne et y déposait un germe.
(Plus précisément, il s’agit de la marge du texte de Maast (Jean Pauhlan) « La pensée sans objet ». Mon petit texte est peut-être le signe d’un désaccord avec l’auteur ? Mais je n’y trouve aucun lien ?!)

Je ne saurais dire de quand date ce texte** … c’est en triant dans ma bibliothèque, en cartons depuis plus de dix ans, que j’ai retrouvé, la revue et l’ami qui y dormait.

L'ami retrouvé (texte)1

 


* Voulant mettre à disposition la publication des cahiers du sud sur cette page, j’ai fait une recherche sur gallica qui m’a renvoyé à RetroNew qui possède sur les six parutions de l’année les numéro  269, 271, 273, 273 et 274 ! (Une fausse note, Un canard ! coin si dense ?)

**Un indice tout de même …
il est postérieur à la date à laquelle, après les remarques répétées d’adultes patentés, j’ai renoncé à mon écriture attachée, illisible pour un autre que moi et, tâcheronnant sur des lignes comme un petit enfant, j’ai enseigné à ma main droite la discontinuité.
(sourire)²²²


https://journals.openedition.org/rives/4862 : à propos des cahiers du sud et de Jean Ballard son fondateur.

Les lectures d’un confiné N°13 – PArtaGE [La pensée molle – Daniel Accursi : Culture du mou, Tango, Abreuvoir …]

Parmi les titres qui donnent le climat perçu du confinement dans lequel nous nous trouvons tous

 

J’ai choisis une défense de la liberté et un ton de révolte (en partie jouée (?)) :
« La pensée Molle » de Daniel Accursi :
Alors que nous sommes reclus, par décret* pour protéger « l’autre », de la même manière que nous devons mettre la ceinture de sécurité même si nous sommes près à assumer le risque d’un accident sans cette protection, Daniel Accursi dénonce, avec une outrance délibérée, un amollissement de la pensée – vu par lui comme une réaction à la révolte de mai 68 – qui utiliserait l’exhortation louable à « aimer l’humanité » comme outil pour établir une nouvelle servitude volontaire : limiter sa liberté par amour de l’autre.

Culture du mou, Tango, Abreuvoir, Enfer, Prudence, prudence, prudence !

 

 

 

____

* En réalité, même si cette mention figure sur le petit papier à remplir pour sortir de chez soi, l’article 3 du décret du 23 mars 2020, ne prescrit pas les mesures générales
nécessaires pour faire face à l’épidémie de Covid19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. Il décrète l’état d’urgence et indique les outils au service du pouvoir. Lequel en use ensuite à discrétion.
Ce n’est donc une loi qui prescrit le confinement mais une décision du gouvernement qui a choisi parmi les outils qu’il avait fait voter dans le décret.
(merci de me détromper si je suis dans l’erreur)

Les lectures d’un confiné N°12 – PArtaGE [Le dictionnaire du diable – Ambrose Bierce : [Amour, Belladonna, Coeur, Dictionnaire, Femme …]

Ambrose Bierce est un personnage remarquable, un aventurier qui aurait achevé sa vie, à près de 70 ans, auprès du révolutionnaire Pancho Villa.
Il nous laisse un dictionnaire malicieux et fantaisiste, dont les définitions sont souvent à lire plusieurs fois pour en extraire toute la finesse.

Quelques mots, tirés (presque) au hasard .


Le dictionaire du diable

Bonus :  (que dirait-il de notre époque ? sourire²²²)
Téléphone : Invention du diable qui annule quelques uns des avantages de maintenir une personne désagréable à distance

Les lectures d’un confiné N°11 – PArtaGE [La grande beuverie – René Daumal : « Les explicateurs »]

On peut voir la Grande Beuverie comme une caricature des grands domaines où agissent les foyers de la pensée humaine que sont « les architectes » , « les peintres » , « les scientifiques », « les romanciers » , « les poètes » , « les critiques » et « les philosophes ».
René Daumal le reconnait lui-même, bien qu’il évoque aussi, à propos de son livre, la « démolition d’une contre façon« .
Le mouvement du Grand Jeu (fondé avec  Roger Gilbert-LecomteRoger Vailland et Robert Meyrat ses anciens compagnons de lycée )  a été approché par « le pape du surréalisme« , mouvement plus fécond en oeuvres, mais que l’on peut juger moins dense. Il est possible que ce soit le caractère artificiel des productions surréalistes qui est en partie visé. Particulièrement à travers ceux que René Daumal a nommé « Les fabricateurs d’objets inutiles »
Peintre-


 

La grande beuverie

La Grande Beuverie – Les explicateurs – Les Scients

 


René Daumal est dans le domaine public

(Merci à ceux qui ont rendu son oeuvre disponible à tous)

Les lectures d’un confiné N°10 – PArtaGE [L’enfant du cinquième Nord – Pierre Billon]

Pierre Billon a écrit deux OLVNI* :
L’Ultime Alliance qui pourrait-être un récit de la fin du monde et de son renouveau possible.
L’enfant du cinquième Nord**
Tous deux peuvent être qualifiés de romans d’anticipation. Tous deux sont à la fois terribles par les menaces qu’ils évoquent et tendres … pour l’enfance.

*Objets Littéraires Volants Non Identifiés
** le Cinquième Nord est un étage d’hôpital dédié aux enfants atteints de maladies mortelles, voir inconnues/étranges.

L’enfant du cinquième Nord est Max, isolé et autour duquel se produisent des phénomènes étranges qui préoccupent particulièrement l’armée. Lotte est sa mère.

L'enfant du cinquième Nord

Les lectures d’un confiné N°9 – PArtaGE [Théâtre de Jean Giono – La femme du boulanger ]

Jean Giono a voulu, après le film (1938 que Pagnol avait extrait de son Jean le Bleu, écrire à son tour, ou réécrire un texte pour faire pendant à ce qui lui semblait avoir trahi son intention.
On sait « l’amour » que la France avait pour ce pacifiste une fois la guerre déclarée et perdue (Son passage en prison à la fin, est le fait d’amis qui ont voulu lui éviter un sort plus funeste, à une époque où l’on s’achetait une conduite de résistant en violentant des – supposés ou avérés – collaborateurs.)
Ce désamour est très lisible dans les critiques données après la première représentation de « La femme du boulanger » (peu de temps avant le débarquement des alliés en Normandie)
« On sait que Jean Giono est un faux Mistral qui aurait trop lu Jean Jacques Rousseau, après avoir médité les plus détestables pages de Francis James » Georges Bozonnat

Une des critiques cependant tente d’expliquer les réactions à l’oeuvres (au-delà de la disgrâce de l’auteur)
« Au fait c’est peut-être cela qui gêne nos chers collègues de la critique dramatique. On leur donne à penser, on leur pose des questions et ce n’est plus de jeu. Je les vois presque tous froncer leur nez comme le vieux Sarcey, quand, dans une nouvelle pièce, il subodorait « le symbole ». Qu’est-ce que ça peut vouloir dire ?
Avec Pagnol au moins, on était de plain pieds, on comprenait tout de suite, comme quand on lit le journal aux rubriques fait-divers. Avec Giono, on se demande, on ne peut plus être tranquille »  Claude Jamet

Quoiqu’il en soit, il y a de très beaux moments dans cette pièce de théâtre comme, ce moment où les deux époux parlent du bonheur et qu’Aurélie dit à son mari :

« Des fois tu vois j’ai peur d’avoir plaisir – quand j’en ai – tellement tu es là le premier à me le prendre des mains avec tes yeux. »

La femme du boulanger

La femme du boulanger – Jean Giono

 

Les lectures d’un confiné N°8 – PArtaGE [Howard Buten]

Spécialiste (peut-être un peu de l’intérieur) de l’autisme, clown musical, Howard Buten a une tendresse*, délicate et « non agressive », particulière pour les enfants.
Rencontré, il y a presque trente ans à Metz (chez feu Géronimo), pour « Il faudra bien te couvrir »,  je lui ai pris quelques secondes pour lui poser une question et entendre sa réponse.
– On dit que les autistes sont fermés aux émotions, ne serait-ce pas plutôt qu’ils sont obligés de s’en protéger en mettant des lunettes de soleil (internes) ?
– ça se pourrait…

Avec un quasi clin d’oeil.

L’après midi, il jouait du violon en costume de clown dans la vallée des « ange »
(Axe Metz-Thionville où la plupart des villages et des villes ont un nom qui se termine en « ange » … Florange, Hayange … haut lieu des hauts fourneaux mis à bas)

*Cette tendresse est très perceptible dans les dialogues de Gil et des adultes. C’est un peu celle de Rudyard.

Quand j'avais cinq ans, je m'ai tué-

Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué