Lenturies LVIII

lenturies-lviii-image(Lélio Lacaille, lors d’une nuit passée dans une grotte, sur les hauts de Chamouse, à observer ses rêves tourner autour de son refuge comme des vautours au-dessus du cadavre d’un mouton, retrouva soudain en bouche le goût tendre et sucré du double silence, en même temps que ce parfum qui l’avait quitté le jour où il avait enterré son chat … à quelques pas de là.
C’est à cette occasion qu’il écrit ce quatrain des Lenturies dont le numéro s’est perdu . Il lui en  donc été attribué un au hasard*

lenturies-lviii-cahier


 

En vol

 

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* « ….. » & « ….. »

** Au moyen d’une formule prenant en compte le nombre de mots du quatrain et qui n’a pas été retenue.


Le zéro du numeux s’emplira de lumière
tandis que toute poche se trouvera vidée
son contenu coulant comme miel échauffé
appelé d’une voix toute gorgée de terre.

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Lenturies XVI

(Lélio Lacaille, constata, en prime matin d’automne, le résultat du passage d’un groupe conséquent de sangliers. Le ravage causé au peu d’herbe qui avait résisté à l’été, et la concentration exclusive de matière fécale en un lieu élu par l’alchimie animale, fit en lui s’étirer brièvement ces deux silences* dont parle Maurice de Thaelm dans son traité du même nom .
Au creux de ceux-ci naquit le seizième quatrain de ses Lenturies**
)

quatre-chenes

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* « ….. » & « ….. »

** Le rapprochement avec la « tour abolie » n’est pas totalement infondé.


Quatre chênes racines nouées
en terre vive en grand secret
Tissent dans les eaux souterraines
l’étoffe ardente des regrets.

Lenturies – XIV –

(Lélio Lacaille, accusé de détourner les sources, les consciences, les âmes fragiles et la conversation se retourna quelque temps en lui-même, il y trouva l’un des deux silences* propice à l’écriture qui lui fit écrire quelques quatrains, réunis par la suite sous le nom de Lenturies.
Celui-ci est le quatorzième. **)


XII

Se réclamant du bois on le fera bûcher
affirmant haut sa foi on le fera tomber
Il brûlera les uns qu’il désirait amis
Et baisera les pieds de ses pires ennemis

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* « ……. » & « ……. »
** Tout autre récit, y compris de ma main, qui prétendrait cela serait un faux à détruire sur le champ. Sur papier ou sur écran.

Lenturies – X –

(Lélio Lacaille, le crane ouvert par une pensée trop ventrue et trop dense pour s’en échapper autrement – à moins que ce ne soit le contraire – eut l’esprit  soudain figé dans les deux silences* dont parle Maurice de Thaelm dans son traité du même nom  .)


X

une seconde nuit recouvrira la terre
alors que dos brûlant et le ventre glacé
s’agiteront en vain pour une Ève guerrière
au milieu des clameurs les Adam condamnés

___
* « ….. » & « ….. »

Lenturies – IX –

(Lélio Lacaille, après la perte de son chien dans des circonstances troubles, la nuit dans ses oliviers de Calabre, s’enferma quelques jours en ses murs
Le temps transpirant d’une tristesse granuleuse propice à l’écoute des deux silences*, lui inspira des quatrains réunis par la suite sous le nom de Lenturies.
Celui-ci est le neuvième.)


 VII

Hautes grappes d’insectes accaparant le jour
lâcheront avant l’heure la formule du soir
le coq sera muet et l’âne sera sourd
aux murailles tombées au nouvel abattoir

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* « …. » & « ….. »

Lenturies – VIII –

(Lélio Lacaille, suite à une chute dans une garde contre le chien alors qu’il possédait en main une quinzaine d’atouts et trois rois, ébranlé dans sa confiance en sa chance,  fit une retraite de quelques heures en haut du clocher de l’église de Tronville – entre deux tintements de l’Angélus –
Le temps densifié par la menace au dessus de sa tête qui fut alors le sien, propice à l’écoute des deux silences*, lui inspira des quatrains réunis par la suite sous le nom de Lenturies.
Celui-ci est le huitième)


 VII

Un son leur suffira pour connaître la peur
absence forcera plus encore la terreur
et quand le temps venu l’horizon brûlera
partout en leur caverne esprit vacillera

___
* « … » & « .. »

Lenturies – VI –

(Lélio Lacaille, suite à une chute assez grave lors d’une course de char – un ange ayant traversé la piste Lélio voulu l’éviter et … – , fit une retraite de quelques mois dans la chapelle Saint Jean de Benivay Ollon.
L’ambiance de ce promontoire propice à l’écoute des deux silences*, lui inspira des quatrains réunis par la suite sous le nom de Lenturies.
Celui-ci est le sixième)


 VI

Réveillé par un froid blanc comme drap d’amour
rouge autant que le geste bleu comme ciel espoir
celui qui quasi nu dormait en plein labour
allongera le bras jusqu’au grand rideau noir

___
* …

Lenturies – III –

(Lélio Lacaille, suite à un accident de moto du à un instant de distraction d’une route virant sans prévenir, fit une retraite de quelques mois à l’Abbaye de Timadeuc.
L’ambiance de la Trappe propice à l’écoute des deux silences*, lui inspira des quatrains réunis par la suite sous le nom de Lenturies.
Celui-ci est le troisième)


jardin si morcelé à deux doigts du néant
si fortement pressé par mâchoires de pierre
donnera à croquer sourire d’un enfant
fruit d’un joyeux savoir furieux comme le lierre

___
* …

Bredouillement de Lélio Lacaille en direction de la girafe à piston

Xavier Frandon, Frederic Dechaux, Patrice Maltaverne, Jean-claude Goiri ont écrit d’une seule main pour la « Girafe à Piston » un texte qui contient ces phrases :
 » Nous disons : la poésie n’est pas en perdition, elle n’est pas morte, elle n’a pas non plus à être « défendue ». « 
Après, et avec moult hésitations, Lélio Lacaille lui bredouille cette objection :
Euh …Dessa001-
La poésie
celle qui finit, celle qui s’étend sur la page
est toujours
(sauf erreur de ma part … ce qui ne serait que la suite d’une longue erreur primordiale)
morte !
Certes, parfois, quelqu’un lui fait le bouche à bouche
et
pour peu qu’il y ait mis du coeur,
recrachant tout ce qui lui avait engorgé l’être
(de commentaire, voire pire, d’études, de thèses et de prothèses)
la poésie respire à nouveau quelques instants.
[instant qui valent parfois la peine qu’ont pris alors les lèvres]
Euh …
« pas à être défendue » ?
La poésie est souvent fendue, percée, dissoute
par ceux qui
scientifiques, cabinets de normalisation, politiques, publicitaires , journalistes …
ayant usé le verbe jusqu’à la trame
cherchent avidement à renouveler la matière première indispensable à leur activité
à savoir la parole qui sent encore le vivant
ils pillent alors allègrement du côté des rechargeurs de mot.
C’est pourquoi mot est constamment en « perdition »
c’est pourquoi la poésie coule … sans cesse
et le plaisir est pour certains d’entre nous
d’assister à ce serein naufrage.
Euh …
J’en suis !