Verse

Le dedans occupé tout occupé encore
des lambeaux gluants de la journée
le corps posé, accroché

le corps garde le cap
joue des leviers
connait les courbes

surement quelqu’un attend
envie d’être avec elle
jeter la peau sale de la journée

musique qui cache
le vide du trajet
l’entend sans l’écouter

long pour la fatigue
l’ennui du rien
d’un plein de rien

tout presse
le pied presse

et la biche traverse

 

biche

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Appâts – Atrides

Nemours Bisainthe : Lélio, Je vous remercie de cette proposition d’entretien dans cet ici que nous avons établi grâce à une liaison satellite avec le lieu où vous vous tenez actuellement et que vous souhaitez tenir secret.
En préalable à tout échange j’aurais une question de forme à vous poser.

Lélio Lacaille : Mais posez donc vous savez bien qu’ici il y a de la place.

N.B. : vous avez souhaité prendre la parole sur les ondes de « cap à ici » pour donner votre sentiment à propos des projets de lois qui font tant de bruit ici et là.
Est-ce pour vous en débarrasser, ou comptez vous le reprendre en partant.

L.L.: J’ai l’intention de le partager à la manière de Saint Martin car j’ai bien l’impression de voir courir un peu partout des gens fort dévêtus en ce qui concerne précisément le sentiment et en conséquence l’opinion. Cette opinion qui nous aide à ne pas adhérer à n’importe quelle surface gluante à laquelle nous nous serions heurté par mégarde.
Mais, brisons là. Rentrons dans le vif s’il en est encore.

N.B. : Entrez, entrez donc !

L.L. : Je me contenterai d’évoquer – en raccourcissant un peu et en travestissant ce qu’il faut pour que l’on se donne la peine d’aller y voir de ses propres yeux – l’histoire de ce dont on souhaite nous priver si nous nous comportons très mal.

N.B. : Mes oreilles sont sur vos lèvres.

L.L. : Il y a bien longtemps, l’homme qui naissait libre n’avait aucun des identifiants qui permettent d’une part de l’identifier de façon mécanique – aux moyens des outils qui manipulent le code – d’autre part de s’en rendre propriétaire. Il n’avait pas de nom de famille et non plus de nation au sens auquel nous l’entendons.
Dans l’idéal, il n’était donc ni traçable ni mobilisable (sans contrainte) du fait de l’appartenance à une patrie ayant droit de vie et de mort sur lui.
Il est évident que l’on pourrait faire une longue liste des avantages que nous avons gagnés suite à ces obligations de l’identité à vie et du devoir d’aller éventuellement mourir « pour une patrie ». Cependant il est tout à fait concevable que pour certains humains ces avantages ne valent pas la liberté perdue et cette menace de mort impersonnelle planant au dessus de leur tête. Pour eux, le fait de devenir apatride pourrait ne pas être une peine, mais un soulagement.

N.B. : J’ai un peu de mal à vous suivre et je ne sais si j’en ai réellement envie. Mais dans l’immédiat quelle conséquence pourrait avoir ce que vous dites, pour peu que cela ait un sens ?

L.L. : Et si ceux dont j’évoque l’hypothétique existence se mettait à réclamer le statut d’apatride ? n’y aurait-il pas un terrible retournement des men…

N.B. : Lélio…. Lélio ? … Je crois que nous avons été coupé.